Les grands procès (1944-2012), Pascale Robert-Diard

« Plus de 100 chroniques judiciaires parues dans Le Monde de 1944 à nos jours. Les grandes affaires qui ont marqué notre Histoire réunies dans une édition de référence, richement illustrée de 80 photographies d’époque. Laval et son arrogance, Gaston Dominici et ses pauvres mots, Petiot et son regard, Salan et son silence, l’écolier d’Oradour-sur-Glane et ses souvenirs, Coco Chanel et son maître d’hôtel, Polnareff et ses fesses… Des comptes rendus des grands procès aux petites histoires nichées dans les recoins des pages, ces récits d’audience sont un miroir de la France, de ses moeurs et de ses tragédies depuis plus de soixante-huit ans. »

Les grands procès

 

Je reviens avec un livre un peu particulier aujourd’hui…Un livre que j’ai lu puis abandonné à de nombreuses reprises avant de réussir à le finir, enfin ! Il s’agit d’un document de 900 pages édités par Le monde. De quoi s’agit-il? D’un recueil d’une centaine de chroniques judiciaires publiés par le journal Le monde entre 1944 et 2012. Pour l’étudiante en droit que je suis, le livre est particulièrement intéressant car il forme la culture judiciaire.

L’ouvrage nous présente donc une centaine de chroniques, écrits par divers journalistes sur une période de 68 ans, et retraçant toute notre société. tout y est abordé: les procès de la Libération (Pétain, Laval, et plus tard Touvier ou Barbie), ceux de la guerre d’Algérie (Salan notamment), les procès de l’abolition de la peine de mort (Buffet et Bontems, Ranucci, Patrick Henry) et plus largement des dizaines de petits procès qui retracent l’air du temps.

Pour faire sa culture juridique, ce document est parfait: très accessible (aucune notion de droit n’est véritablement abordée), la justice et ses différentes affaires nous sont servis sur un plateau. J’ai apprécié particulièrement les affaires pénales devant la cour d’assise, les affaires de la Libération, je suis totalement passé à côté des procès de la guerre d’Algérie ou des procès purement politique.

Je regrette un peu que certaines chroniques n’explicitent pas mieux les faits qui ont conduits au procès, qu’on est parfois obligé de déduire, ce qui nuit fortement à la compréhension.

 

Ma vie pour la tienne, Jodi Picoult

« A treize ans, Anna a déjà subi de nombreuses interventions et transfusions afin que sa sœur aînée Kate puisse combattre la leucémie qui la ronge depuis l’enfance. Anna sait qu’elle a été conçue pour être génétiquement compatible avec Kate et qu’elle est son seul espoir. Cependant, lorsqu’on lui demande de faire don d’un rein, l’adolescente refuse. Elle veut disposer librement de son corps et ira jusqu’au bout pour se faire entendre… S’inspirant d’un fait réel sur une  » enfant-médicament « , voici un récit choral subtil et profondément humain. »

 

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En septembre j’avais lu (et adoré) une des sortie littéraire de la rentrée, A l’intérieur, de Jodi Picoult, un très beau livre sur un jeune autiste Asperger confronté au système judiciaire.

J’ai récidivé avec Ma vie pour la tienne, un autre roman de cette auteur, toujours sur un sujet brulant d’actualité.

Les Fitzgerald sont une famille comme les autres, ou presque: il y a Brian, pompier, et sa femme, Sara, ancienne avocate devenue femme au foyer. Il y a aussi leurs trois enfants: Jesse, Kate et Anna. Seulement, une leucémie a été diagnostiqué à Kate quand elle avait deux ans, et Anna a été conçue pour être compatible avec sa sœur aînée, pour lui sauver la vie.

Les enfants ont grandi, et les multiples dons d’Anna ont permis à Kate d’atteindre l’âge de 16 ans. Mais elle a besoin d’un rein, un rein que seul Anna peut lui donner. Or Anna refuse, et pour être sûre que sa voix soit entendue, elle engage Campbell, un avocat accompagné d’un chien guide, pour la représenter et obtenir son émancipation.

 

Encore une fois, Jodi Picoult sait se saisir de faits brulants d’actualité, et leur donner une dimension humaine puissante. Le roman est construit de manière chorale: la parole est donnée à tous les personnages. Tous, sauf un. Kate. Tout tourne autour de cette adolescente mourante, mais elle est la seule à qui l’auteur ne donne pas la parole. Cela renforce l’omniprésence de la situation terrible de cette adolescente.

Le roman est très beau en ce que l’on s’identifie à chacun des personnages, on entend parfaitement l’avis de chacun sur le cas, et chacun d’entre eux est crédible.

Pour autant, le roman n’est pas exempt de défauts. D’abord l’auteur se permet certaines facilités qui n’avaient probablement pas besoin d’être, dans la construction du personnages de Campbell et ses relations, mais aussi la fin.

Comme dans A l’intérieur, j’ai eu du mal avec la fin. Si cette fois j’adhère à ce que l’auteur a voulu faire, la fin est expédiée trop rapidement, trop facilement.

Un autre point est que si l’auteur nous permet de comprendre chacun des personnages, de les suivre au plus près, je me suis parfois sentie extérieure à leur histoire. En effet, si le style de l’auteur est fluide, il ne porte pas vraiment l’histoire pour autant, ce que je trouve dommage.

En bref, une belle lecture de Jodi Picoult, qui reprend certains des thèmes de A l’intérieur (l’enfant malade, les relations fraternelles, des relations parents-enfants compliquées, le système judiciaire)

Le droit de tuer, Grisham

« A Clanton, dans le Mississippi, la petite Tonya Hailey est sauvagement violée et torturée. En plein tribunal, son père, Carl Lee, massacre les deux accusés au fusil-mitrailleur. Son sort semble tout tracé : la chambre à gaz. En effet, nous sommes dans le sud profond des Etats-Unis et Carl Lee est noir… Mais Jake, un jeune avocat blanc, aussi courageux qu’ambitieux, décide de le défendre. Le Ku Klux Klan fait front. Bientôt un souffle de haine embrase la petite ville de Clanton... »

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J’adore les romans judiciaires, ce n’est pas nouveau, et en la matière Grisham est paraît-il une référence…Le droit de tuer a été ma première lecture de cet auteur.

L’histoire est celle de Carl Lee Hailey, un père de famille, dont la fille, Tanya, est violée et torturée par deux hommes alors qu’elle n’a que 10 ans. Immédiatement, Carl Lee souhaite se venger, et il va tuer les deux violeurs. Or nous sommes dans un Etat du Sud, a Clanton, au Mississipi, et Carl Lee est noir, les violeurs sont blancs. Son destin semble clair, il va être condamné à mort…Mais Jack Brigance, un jeune avocat ambitieux décide de s’en mêler.

Je dois avouer quelque chose, à la fin de ma lecture je me suis sentie obligée de me renseigner sur l’auteur, et notamment sur ses convictions politiques. J’adore les legal-thriller, mais celui ci m’a posé problème. L’auteur part d’une excellente idée de base, le procès d’un homme pour avoir tuer les violeurs de sa fille. Mais à mes yeux, il ne s’intéresse pas aux bonnes questions.

Ce roman met principalement en avant le racisme, de manière évidente, permanente. Bien sûr, il s’agit d’un grand problème du système judiciaire américain (et probablement du système judiciaire français), mais il est traité maladroitement ici. Il est affirmé à répétition partout que si les violeurs avaient été noirs et l’accusé blanc, il n’aurait pas été accusé. Cela ne me paraît pas évident mais soit…Ce qui m’a le plus dérangé en fait, c’est les remarques racistes qui parsèment le livre malgré le sujet. En effet, on suit plusieurs personnages, et le personnage principal, Jack Brigance, semble ne pas pouvoir s’empêcher de constater que les noirs sont ceci ou cela…Difficile de dire qu’on lutte contre le racisme après cela. De même, le roman s’autorise de nombreuses remarques sexistes.

En plus de cela, à mes yeux, un livre sur ce sujet ne pouvait pas ne pas traiter de la peine de mort. Or c’est à peine si on a le droit à une discussion sur le sujet, discussion qui aboutit au fait que la peine de mort est parfaitement justifiée est normale. C’est une position personnelle, mais je suis anti-peine de mort, et je déteste le roman qui vient normaliser la peine de mort.

Outre le côté politique, j’ai eu du mal à m’attacher aux personnages, dont les émotions sont finalement peu décrites. Même si on comprend tout à fait pourquoi Carl Lee agit, il n’est pas développée pourquoi il veut tuer les violeurs, mais seulement la manière dont il s’y prend.

Au final, on se retrouve avec un bon page-turner, qui se lit facilement bien qu’il fasse 700 pages, et dont la fin est plutôt bonne. Mais il s’agit d’une succession d’événement menant jusqu’au procès, avec des personnages peu attachant, sans aucun questionnement sur le système judiciaire.

C’est dommage, car je m’attendais vraiment à mieux de ce livre.

 

 

A l’intérieur, Jodi Picoult

« Quand votre fils ne vous regarde jamais dans les yeux… comment savoir s’il est coupable ?
Adolescent atteint du syndrome d’Asperger, Jacob Hunt ne possède pas le mode d’emploi pour communiquer avec les autres. Enfermé dans sa bulle, il est pourtant d’une intelligence prodigieuse. Un sujet le passionne plus que tout : la criminalistique. Il parvient souvent à se rendre sur des scènes de crime, où il ne peut s’empêcher d’expliquer aux policiers comment faire leur travail. En général, il tombe juste.
Mais lorsqu’un assassinat se produit dans le quartier, l’attitude de Jacob est un signe flagrant de culpabilité pour la police. Pour la mère et le frère de Jacob, l’intolérance et l’incompréhension qui ont toujours menacé leur famille resurgissent brutalement.
Et cette question lancinante, qui ne laisse pas leur âme en paix… Jacob a-t-il, oui ou non, commis ce meurtre ? »

 

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Ma première rencontre avec Jodi Picoult, et quelle rencontre!! Cette auteur, apparemment connu pour ses romans très axés sur la psychologie de ses personnages, m’était totalement inconnu jusqu’à ce que je croise ce roman sur un blog. Aussitôt acheté, aussitôt lu, aussitôt adoré!

Ce roman, est un roman chorale qui, par de très brefs chapitres, nous donne à voir le point de vu des différents protagonistes sur la situation douloureuse à laquelle est confrontée Jacob Hunt et sa famille.

En effet, jacob Hunt, un adolescent de 18 ans atteint du syndrome Asperger, un type d’autisme provoquant de très grande difficultés sociales, est arrêté suite à la mort de Jess, une étudiante qui lui donnait des cours de socialisation. Dès lors, on suit Jacob, cet adolescent passioné de criminologie, et sans doute plus calé que la plupart des étudiants en droit sur la matière, mais qui ne supporte pas l’idée de rater un épisode de Crime Busters à la télé, sous peine d’une crise de nerf monumentale. A travers Jacob, on suit son procès, auquel il ne comprend rien, enfermé dans sa bulle, loin de nous. L’auteur nous dépeind le syndrome d’Asperger avec force détails, en montrant très clairement en quoi il handicap Jacob dans sa vie quotidienne, et en quoi cela le rend incapable de suivre son procès pour meurtre.

Mais on suit également Emma, cette mère courage qui a tout sacrifié pour son fils, qu’elle aime comme il est, mais pour qui la vie n’a pas été tendre. En effet, elle se bat sans cesse pour ce fils incapable de lui dire qu’il l’aime, qui ne la regarde jamais dans les yeux, et qui semble incapable d’éprouver de l’empathie pour quiconque. Elle n’a pas choisi la maladie de son fils, mais elle l’affronte jour après jour, et cherche à donner à Jacob la vie la plus normale qu’il soit.

On voit aussi Théo, le frère cadet de Jacob, 15 ans, qui doit lui aussi vivre avec le syndrome envahissant de son frère, dans un foyer qui tourne seulement autour de Jacob. une situation qu’il n’a pas choisi, lui non plus, mais avec laquelle il va devoir vivre toute sa vie.

La parole est également donné à Rich, cet inspecteur de police, qui cherche à arrêter le coupable du meurtre de Jess, parce que lui aussi a une fille. Enfin, on entend Oliver, ce jeune avocat qui plaide sa première affaire criminelle et qui essaie, tant bien que mal, de comprendre Jacob et son syndrome.

C’est un très gros pavé de 600 page, riche et dense que j’ai dévoré en moins de 2 jours. Les personnages vont continuer à me suivre pendant un moment, et il est certain que je relirai Jodi Picoult. Non seulement j’ai beaucoup appris sur le syndrome d’Asperger, syndrome auquel j’ai déjà été confrontée et qui se révèle très déroutant, mais il s’agit surtout d’un roman d’une très grande humanité. Chacun des personnages est dépeint, sans aucun manichéisme, dans ses forces et ses faiblesses. Si le syndrome d’Asperger handicape profondément Jacob dans ses relations sociales, ce syndrome fait partie de lui et lui donne aussi une intelligence peu commune.

De plus, c’est un roman qui pose les bonnes questions. Un individu comme Jacob peut-il être jugé pénalement responsable? A qui incombe la responsabilité de ce jeune handicapé? A sa mère? A son frère lorsque sa mère ne sera plus?

Bref, un très grand roman, dont le point faible à mes yeux est la fin, un poil trop rapide à mon goût, et qui laisse trop de questions en suspens.

Ne vous attendez pas à un roman policier, ce n’en est pas un. Le dénouement de l’enquête n’a, au fond, que peu d’importance. On pourrait à la limite le qualifier de roman judiciaire, puisqu’il suit toute la procédure et le procès. Mais il ne faut pas appréhender A l’intérieur sous l’angle du procès, il faut l’appréhender sous l’angle de ses personnages.