Les heures souterraines, Delphine de Vigan

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Mathilde a 40 ans, vit dans un bel appartement parisien, seule avec ses trois enfants, et travaille dans une grande société, la même depuis 8 ans. Mais depuis quelques mois, il lui est difficile d’aller au travail. Ce sont des petits riens, beaucoup de petits riens, orchestrés par Jacques, son patron. Petit à petit, elle a perdu toutes ses responsabilités, et le travail est devenu un enfer, sans mots, insidieusement.

Thibault est médecin pour les urgences de Paris. Tous les jours, il parcourt la ville dans sa voiture pour porter secours à ces parisiens, contempler toute la misère qui anime la ville. Il assiste les petites maladies du quotidien, et les choses plus graves aussi, la solitude, la folie. Il est amoureux d’une femme qui ne l’aime pas en retour.

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De Delphine de Vigan, j’avais déjà lu Rien ne s’oppose à la nuit, et Jours sans Faim, deux romans autobiographique. Avec Les heures souterraines, c’est un roman parfaitement nouveau que je découvre.

Ce roman, c’est celui de la solitude, des gens abimés, de l’oppression. On va suivre pendant 24h deux personnages qui vivent une très grande solitude, et qui étouffent.

Evidemment, l’écriture de Delphine De Vigan est absolument splendide, tout est ciselé, chaque mot sonne parfaitement juste. Sa plume est ici à vif, chaque mot est fait pour oppresser le lecteur. Ce court livre de 240 pages m’a littéralement bloqué la respiration, fait ressentir toute la douleur des personnages, toute leur solitude. Paris apparaît sous un jours froid et lugubre.

On parle ici de dépression, bien sur, bien que le mot ne soit jamais prononcé. Le personnage de Mathilde souffre clairement d’une dépression, laquelle est abordée avec des mots très juste. On rend compte ici de la fatigue qui empêche de se lever, du cafard qui empêche de sourire. Autre thème abordé, le harcèlement au travail. Ici aussi, beaucoup de justesse, des petits riens qui s’accumulent, et s’accumulent encore, jusqu’à ce que Mathilde se retrouve isolée dans un bureau vide à côté des toilettes.

Il est également question de solitude, et de dépendance amoureuse avec le personnage de Thibault. J’admet que cet axe m’a moins intéressés, j’ai trouvé que c’était moins travaillé, et que cela était abordé trop superficiellement.

Il ne se passe pas grand chose dans ce livre, on découvre seulement deux personnages qui luttent pour ne pas sombrer, pour rester du côté des vivants. Alors la lecture est difficile, elle fait mal au cœur, mais c’est juste très beau.

« Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants.« 

 

 

 

 

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Jours sans faim, Delphine de Vigan

Laure a 19 ans, elle est anorexique… Jours après jours, elle raconte, analyse, décrit… Trois mois d’examen de soi, d’une vie comme dans un aquarium, un livre sincère, sans rancune, sans apitoiement, juste la précision des mots et la vivacité de l’analyse. On découvre un paysage mental, captivé par ce premier roman.

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En septembre j’avais lu et adoré Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine De Vigan. J’ai réitéré avec son premier roman, Jours sans Faim.

Laure a 19 ans, et elle est anorexique. 35 kilos pour 1m75. Elle est hospitalisée, on lui branche une sonde pour la nourrir, on cherche à la soigner. Petit à petit se déroule le quotidien de Laure à l’hôpital, le médecin, les repas, les autres patients… Et peu à peu Laure reprend gout à la vie.

Ce qui frappe dans ce roman, comme dans Rien ne s’oppose à la nuit, c’est l’écriture de Delphine de Vigan. Elle a une écriture absolument magnifique, chacun de ses mots semble juste ciselé.

Ici encore, le roman est biographique, il raconte l’anorexie qui a frappé l’auteur quand elle avait 19 ans. C’est beaucoup moins explicite cependant, dans le sens ou le narrateur parle de Laure à la troisième personne, ou le lecteur est tenu à une certaine distance des événements.

Même si ce qu’elle raconte est extrêmement intime, et terrible, je me suis sentie moins touchée par ce récit. Peut-être que c’est aussi parce que Rien ne s’oppose à la nuit a été écrit à vif, juste après la mort de sa mère, tandis que Jours sans Faims a été écrit (ou du moins publiés) des années après cette période de sa vie.

C’est clairement un témoignage touchant, un beau roman avec une écriture extrêmement fine, mais je trouve Rien ne s’oppose à la nuit plus abouti.

 

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. »

 

rien ne s'oppose à la nuit

Dans Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan dresse le portrait de Lucile, sa mère. Depuis son enfance au coeur d’une famille nombreuse, jusqu’à son suicide à 60 ans, Delphine retrace la vie de sa mère, s’interroge sur les raisons de l’instabilité de celle ci. En effet, Lucile était bipolaire et a passé sa vie à osciller entre folie et raison.

Je n’avais jamais lu Delphine de Vigan jusque là, et cette première lecture ne sera sans doute pas la dernière! Dans ce roman, l’auteure retrace le parcours de sa mère, avec le souci d’être la plus exacte, la plus juste possible.

Avant même de parler du résultat, j’admire beaucoup la démarche, ce souci de rendre justice à la femme qu’à été sa mère, sans cacher ses faiblesses, sa maladie, mais sans reproches non plus. L’auteure nous fait part au cours du livre de ses difficultés à écrire cette biographie, de sa peur de ne pas rendre justice à Lucile, de blesser ses proches aussi.

Cette biographie, séparée en trois partie distinctes (l’enfance de Lucile, sa vie d’adulte et sa fin), est presque une autobiographie en fait. Si l’enfance de Lucile est relatée d’un point de vue extérieur, très vite au début de la deuxième partie, le récit est fait à la première personne, et c’est le point de vue de Delphine sur sa mère que nous suivons. De telle sorte que je pourrais presque regretter certaines ellipse, certains non-dits qui se justifient car ils ne concernent pas Lucile mais l’auteure elle-même.

J’ai vraiment accroché à ce livre (que j’aurai du mal à appeler roman), le début de la deuxième partie m’a un peu décroché mais tous le reste est extrêmement prenant, émouvant, et très bien écrit.

A travers ce récit, l’auteure s’interroge sur la maladie de sa mère, sur ses causes, et sur son suicide aussi. Elle dresse aussi un portrait de sa famille qui est pour le moins émouvant, avec le souci de rester fidèle à chacun. Si le livre ne parle finalement que très peu de la mort de Lucile, au final c’est une très belle manière d’en faire le deuil.