L’abolition, Robert Badinter

« Robert Badinter est sans doute le mieux placé pour écrire ce livre. Il livre un passionnant point de vue, son regard sur l’époque, sur les réactions de l’opinion et des autres hommes politiques. Sur la machine judiciaire également. Le livre reprend la chronologie de l’affaire Patrick Henri. Du jour où on lui a demandé d’être l’un des deux avocats jusqu’au procès, Robert Badinter a pensé en ces termes à sa plaidoirie: « Guillotiner, ce n’est rien d’autre que prendre un homme et le couper, vivant, en deux morceaux« . »

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Le 18 septembre 1981, Robert Badinter, alors ministre de la justice, a fait abolir la peine de mort en France. Cet événement historique résulte d’un long combat de Robert Badinter, combat qui débute avec l’exécution de Roger Bontems, dont Badinter était l’avocat et qui assistera à son exécution. Après cela, Badinter va se jeter à corps perdu dans le combat contre la peine de mort, du procès de Patrick Henry au ministère de la justice en passant par 6 autre procès de condamnés à mort. C’est cela que ce livre retrace.

J’ai une très forte admiration pour Badinter dont le combat nous a permis de vivre dans un monde ou la justice ne tue plus, ne coupe plus d’homme en deux, du moins plus en France. L’abolition est le troisième livre que je lis de lui, et il retrace les événements avec beaucoup de fluidité, un très beau style. De plus, ce livre analyse biens les rouages de la peine de mort, cette pulsion de mort des citoyens, cette loi du talion qui puni celui qui a tué en le tuant.

Bref, un très beau récit sur la peine de mort et son abolition, je n’ai pas grand chose d’autre à en dire.

 

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Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

« « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »
Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. »

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J’ai un problème avec ces romans qui ont tellement de prix, tellement de critiques fantasmagoriques qu’on en attend forcément plus que ce qu’ils peuvent nous donner. Ca a été un peu le cas pour réparer les vivants, qui en plus a été lu dans un mauvais timing: j’avais encore en tête le style de Rosa Montero dans L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, et quoique le style de Maylis de Kerangal soit agréable, cela n’égale pas Rosa Montero à mes yeux.

L’histoire est celle de Simon, un jeune homme, presque un adolescent encore, de tout juste 20 ans. Simon a des parents, Sean et Marianne, lesquelles ne vivent plus ensemble. Il a aussi une petite sœur, Lou, et une petite amie, Juliette. Et puis il y a le surf, et les deux copains avec qui il pratique le surf. un jour, en revenant d’une séance de surf, les garçons ont un accident de voiture, la tête de Simon s’encastre dans le pare-brise, il est déclaré en mort cérébrale, ses organes vont être donnés.

Il s’agit de l’histoire d’une transplantation, histoire en 24h, entre l’accident et la transplantation, dans un style très plaisant.

 » Après quoi, le temps change de nature, il reprend forme. Ou plutôt il prend exactement la forme de l’attente: il se creuse et se tend. Désormais les heures n’ont d’autres usages que d’être disponibles, que l’événement de la greffe puisse y surgir, un cœur peut apparaître à tout instant, je dois être en vie, je dois me tenir prête. »

Pourtant, quelques petites choses mont empêché d’aimer ce livre autant que je m’y attendais. Déjà, il y a une inégalité entre les parties de ce livre: l’auteur arrive sans mal à nous faire ressentir de l’émotion dans la première partie, où nous accompagnons les parents de Simon lorsqu’ils apprennent la mort de leur fils, mais cette émotion s’échappe un peu dans la deuxième partie, laquelle se focalise sur la greffe.

Ensuite, il y a toute une scène ou l’infirmier coordinateur demande aux parents leur accord pour la greffe. Pourtant, il rappelle bien lui-même que toute personne est présumée donneur depuis une loi récente, de sorte que l’accord des proches n’est pas requis. Evidemment, il y a un effort pédagogiques à avoir auprès des proches, mais cette effort ne devrait jamais pouvoir empêcher la greffe.

Je crois surtout que je ne vois pas la portée symbolique des organes tel que veut nous le faire ressentir l’auteur, pour moi un cœur est seulement un organe, pas un réceptacle pour l’âme humaine.

 

 

Un pied au paradis, Ron Rash

« Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, début des années cinquante. Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee, en passe d’être à jamais enlevée à ses habitants : la compagnie d’électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d’eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs. Pour l’heure, la sécheresse règne, maïs et tabac grillent sur pied.rnLe shérif Alexander est le seul gars du coin à avoir fréquenté l’université, mais à quoi bon, quand il s’agit de retrouver un corps volatilisé ? Car Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l’a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. L’évidence et la conviction n’y font rien : pas de cadavre, pas de meurtre. Sur fond de pays voué à la disparition, ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense, prend la forme d’un récit à cinq voix : le shérif, le voisin, sa femme, leur fils et l’adjoint.rnLa qualité littéraire de ce texte puissant et singulier autorise à évoquer Larry Brown et Cormac McCarthy, voire Giono. »

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Lorsque Mme Winchester appelle la police pour leur dire que son fils, Holland, ancien soldat revenu de Corée, a disparu, le sherif Alexander ne s’inquiète pas, Holland étant connu pour boire comme un trou et disparaître sans prévenir. Mais la vieille Winchester n’en démord pas, c’est Billy Holcomb qui a tué son fils, parce qu’il couchait avec sa femme, Amy.

Une histoire très basique, l’intrigue policière la plus simple du monde semble-t-il. Sauf que…ce n’est pas un roman policier, pas vraiment. Le sherif Alexander, Amy Holcomb, son mari Billy Holcomb, leur fils Isaac, et l’adjoint du sherif Bobby vont successivement nous raconter ce qu’il s’est passé, ce qu’ils savent. Le roman n’est pas policier dans le sens ou très vite on connaît le coupable, et on suit juste l’évolution des personnages, à partir de cet événement marquant.

L’important ce n’est pas vraiment l’intrigue, c’est plutôt le cadre. En effet, nous sommes dans l’Amérique rurale des années 50, cette Amérique pauvre et pas très cultivée à laquelle Ron Rash donne la parole. En effet, les chapitres permettent de faire parler chaque personnage. Et chaque fois Ron Rash adopte son style au personnage. En cela, c’est un véritable exercice de style, et très bien mené qui plus est.

J’ai bien aimé cette lecture même si j’ai eu du mal avec ces chapitres extrêmement long (il n’y en a que 5 dans le roman alors que celui ci fait 300 pages!). C’est une vision beaucoup plus rurale que ce que j’ai l’habitude de voir.

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero

« Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. « 

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Décidément j’enchaîne les bonnes lectures en ce moment ! L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir est le premier livre que je lis de Rosa Montero, une auteur espagnole dont le style m’a beaucoup fait penser à celui de Delphine de Vigan, et plus particulièrement à Rien ne s’oppose à la nuit.

Dans Rien ne s’oppose à la nuit comme dans L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, les auteures ont perdu un proche et nous font une biographie, dans une écriture absolument magistrale.

En effet, dans l’Idée riducule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero est chargée d’écrire une préface pour le journal que Marie Curie a écrit après la mort de son mari, Pierre. Cette situation résonne aux oreilles de Rosa, laquelle a perdu son mari trois ans auparavant.

Rosa se charge alors d’une biographie de Marie Curie, mais pas que. En effet, sous couverts de nous raconter la vie de Marie Curie, Rosa nous parle de la vie en général, en ayant une analyse psychologique très fine de la personne de Marie Curie et de ses choix. Au fil de ce récit, Rosa va alors aborder un certain nombre de thèmes universel tels que le deuil, la vieillesse, les relation hommes-femmes, l’amour, les relations avec les parents, le processus d’écriture,…

Et ce qui est le plus magique, c’est le talent fou qu’elle a pour écrire, sa plume est absolument magistrale, je ne résiste pas à mettre un extrait:

« Pour vivre nous devons nous raconter. Nous sommes un produit de notre imagination. Notre mémoire est en réalité une invention, un conte que nous réécrivons un peu tous les jours. Ce qui veut dire que notre identité, elle aussi, est fictionnelle, étant donné qu’elle se fonde sur la mémoire« 

Bref, une lecture absolument magistrale, ou non seulement on en apprend un peu plus pour Marie Curie, laquelle était véritablement une femme admirable, mais on réfléchit un peu. C’est un livre sur la vie, tout simplement !

Le théorème du homard, Graeme Simsion

« Peut-on trouver une épouse sur mesure ?
Le professeur de génétique Don Tillman, génie des sciences mais absolument inapte à vivre en société, en est persuadé. Pour mener à bien son « Projet Épouse », Don met au point un questionnaire extrêmement détaillé lui permettant d’éliminer toutes les candidates qui ne répondraient pas à ses exigences.
Et celles-ci sont nombreuses car pour Don, la femme idéale NE DOIT PAS :
1. Fumer et boire.
2. Être végétarienne et aimer la glace à l’abricot.
3. Se lever après 6 heures.
Mais elle DOIT :
1. Faire du sport.
2. Être ponctuelle.
3. Accepter le Système de Repas Normalisé qui prévoit du homard au dîner le mardi. »

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Le théorème du homard…un roman qui a fait le tour de la blogosphère, et que je me suis finalement décidée à lire, enfin !

Don Tilman est un professeur de génétique aux compétences professionnelles reconnues…ses compétences sociales sont par contre plus minces. En effet, Don a du mal à nouer des liens en société, il ne comprend pas les codes de la société, il vit selon un planning définit à l’avance, optimisé pour lui faire perdre le moins de temps possible. Aussi, le jour ou Don se met à rechercher une partenaire de vie, l’idée la plus naturelle lui semble être d’écrire un questionnaire tout scientifique afin de recruter une femme lui correspondant en tout point. Et c’est là que débarque Rosie, qui ne correspond en aucun point à ces critères, mais va venir mettre un beau bazar dans sa vie !

Je n’ai pas l’habitude de lire des romans humoristique, ni mêmedes romans d’amour, ce n’est pas vraiment mon style j’ai l’habitude des romans un poil plus sérieux. mais le sujet du théorème du homard, le commencement d’une relation amoureuse avec un autiste Asperger, m’a parlé, de même que les nombreuses critiques sur la toile, et j’ai décidé de lire ce roman.

Force est de constater que c’est une réussite, les personnages sont tous très bien dépeint, que ce soit Don et Rosie, mais aussi Claudia et Gene les amis de Don. De plus, tous les personnages évoluent au cours du livre d’une manière parfaitement cohérente et on s’attache très vite à eux tous !

Le livre va de situation cocasse en situation cocasse, mais comme tout est raconté du point de vue de Don, on ne rit jamais de l’asperger lui-même, on rit avec lui, et on s’attendrit de ses progrès.

Bref, ce n’est pas à proprement parler le roman de l’année, mais c’est un très chouette roman attendrissant qui fait du bien à la lecture, et j’ai hâte de lire la suite des aventures de Don dans le second tome, le théorème de la cigogne.

 

Les filles de l’ouragan, Joyce Maynard

« Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche. Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir. Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l’ouragan suit les itinéraires personnels de deux « sœurs de naissance », des années 1950 à aujourd’hui.« 
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9 mois après un ouragan, dans l’Etat du New Hampshire, naissent deux filles, Ruth Plank et Dana Dickerson. A part ce jour de naissance commun, tout les sépare, que ce soit leur familles, ou leur personnalité respective. Toutes deux ne se sentent pourtant pas appartenir à leur famille. joyce maynard dresse alors la chronique de l’existence de ces deux femmes, sur 50 ans, depuis 1950, dans l’Amérique rurale.
Je n’avais jamais lu Joyce Maynard jusqu’alors et je dois dire que c’est une première très belle rencontre ! Les filles de l’ouragan est un roman à l’américaine classique, une chronique de cinquante années de vie dans l’Amérique profondément rurale. Certes l’intrigue est pour le moins cousu de fil blanc, et rien ne m’a surprise outre mesure dans ce livre.
Mais l’intérêt du roman est ailleurs, dans l’écriture très belle de Joyce Maynard d’abord, qui écrit avec un style fluide et très pur. Surtout l’intérêt est dans l’évolution des mêmes personnages sur cinquante ans, que ce soit les filles, Dana et Ruth, ou leur entourage et notamment leurs parents respectifs.
De plus c’est un très beau roman qui parle d’agriculture, de ferme et de l’attachement à la terre. Un vrai coup de coeur !

Dites aux loup que je suis chez moi, Carol Rifka Brunt

« Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.« 
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June a 14 ans et elle vit dans une banlieue du Westchester, non loin de New-York, avec sa sœur aînée, Greta, et ses parents, comptables. June rêve qu’elle est au Moyen-Age, elle s’isole des jeunes de son âge qu’elle trouve ennuyeux. Une seule personne la comprend vraiment : son oncle Finn, artiste new-yorkais. Mais Finn décède du sida. Le monde de June s’écroule alors, elle se retrouve isolée, confrontée au deuil et à une maladie dont les adultes ont honte de parler. Se présente alors Toby, « l’ami particulier » de Finn, dont June n’avait même jamais entendu parler. Entre ces deux êtres en plein deuil va alors se nouer un lien particulier.
Cette deuxième lecture du mois de septembre se révèle très éloignée de la première. En effet j’ai adoré ce roman d’apprentissage sur un sujet difficile et dont on parle peu : le sida dans les années 80. Cette maladie est abordée ici avec beaucoup de justesse, sans jamais tomber dans le pathos ou dans les détails, notamment du fait du point de vue.
Si dans ma précédente lecture je trouvais que le point de vue de la première personne du singulier ne collait pas et était mal exploitée, ici au contraire se récit en « je » du point de vue de June est parfaitement écrit. On ressent toutes les émotions de l’adolescente, confrontée tant au deuil qu’aux secrets de familles. L’écriture est assez simple mais très belle.
Surtout, chacun des personnages est parfaitement caractérisée, et on devine la souffrance de chacun. Que ce soit Greta, la talentueuse sœur aînée de June, qui souffre de l’abandon de June au profit de Finn et lui en tient rigueur, ou encore la mère de June, complexe dans ses sentiment à l’égard de son frère et de Toby.
La situation de Toby et de Finn m’a beaucoup touché, ce couple qui vit ensemble, mais que la famille de June rejette, de sorte que jamais on ne permettra à Toby de rencontrer June et Greta, il devra disparaître de l’appartement à chaque fois que les filles viendront. L’amour qui transparait entre Finn et Toby, principalement dans les paroles de Toby, et les gestes post-mortem de Finn, m’a beaucoup touché.
C’est réellement un très beau récit, pour autant il manque ce petit truc pour faire passer ce livre pour un coup de cœur.

Le livre des Baltimore, Joël Dicker

« Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? »

 

 

 

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Le livre des Baltimore est sorti il y a deux ans déjà…et tout le monde en a parlé il y a deux ans. Moi il m’aura fallu un passage dans un Relay de gare et une journée complète de train pour me plonger enfin dans ce roman et le terminer aussi sec !

Que dire? Ce roman est un immense coup de cœur, il fait parti de ces livres qui ne s’achèvent pas lorsqu’on tourne la dernière page mais qui nous accompagnent encore un peu après.

De Joël Dicker j’avais déjà lu, les deux précédents livres, la Vérité sur l’affaire Harry Québert (que je me suis promis de relire tant je m’en souviens peu) et les Derniers jours de nos pères. Si j’ai aimé ces deux livres, celui ci m’a semblé encore meilleur.

L’histoire est celle de Marcus Goldman, déjà narrateur dans La vérité sur l’affaire Harry Québert. La famille de Marcus était divisée en deux branches, la branche Montclair, dont fait parti Marcus, et la branche Baltimore. Les Baltimore sont montrés comme un modèle absolu, riche et lumineux, Marcus les idéalise totalement.

Si les Montclair ont un fils, les Baltimore en ont un également, Hillel. De plus, les Baltimore ont également presque adoptés Woody, un jeune orphelin ami d’Hillel. A eux trois, Marcus, Hillel et Woody, ils forment le Gang des Baltimore, uni par une amitié indestructible. C’est cette amitié qui sera le cœur du livre.

Mais évidemment tout n’est pas si simple. La famille des Goldman est rongé de jalousie à plusieurs niveaux, et tout semble entourés de secret. On comprend vite qu’un événement est survenu et est venu tout bouleverser pour Marcus.

Tous les personnages sont travaillés et totalement crédibles et émouvants, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Ils sont tous absolument lumineux, on s’attache à eux et l’auteur s’attache à nous les rendre vivants.

L’histoire est creusé avec des secrets, du suspens, de quoi maintenir le lecteur en haleine sur 600 pages sans souci. Le style de l’auteur est simple, mais on sent tout le talent de conteur qu’il a.

Bref, un coup de cœur absolu, auquel je n’ai rien à redire. Ce fut une très bonne journée de lecture…Difficile de me replonger dans mon prochain livre après ça !

 

 

 

Rien de grave, Justine Lévy

« Tu t’attendais à quoi ? je lui ai dit. Tu crois que ça va être facile de me quitter ? Tu crois que je vais te laisser faire comme ça ? J’ai lancé le cadre par terre, le verre s’est brisé mais comme c’était pas assez j’ai bondi du lit et j’ai déchiré la photo, celle qu’il prétendait tant aimer, la photo de nous deux en mariés, beaux et légèrement ridicules, il y avait tant de monde qu’on ne connaissait pas à notre mariage qu’on est partis avant la fin. Il a eu l’air triste, plus de la photo déchirée que du fait de me quitter. Il a toujours été fou avec les photos. Parfois je me disais qu’il n’aimait les choses de la vie que pour les voir un jour en photo. Moi c’est le contraire, rien ne me fait plus peur qu’une photo de bonheur avec toute la quantité de malheur qu’elle promet, qu’elle contient, mais sans le dire, en cachant bien son jeu. Je ne savais pas encore que c’était la meilleure chose qui puisse m’arriver, qu’il me quitte. Comment j’aurais pu le savoir ? Il était toute ma vie, sans lui je n’existais pas. « 

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Après 7 mois d’absence, et une longue année universitaire, miracle ! Je me suis remise à lire ! Alors j’ai voulu commencer tout doux, avec un roman court, 200 pages à peines… Le moins qu’on puisse dire c’est que Rien de grave n’est pas un roman doux.

Justine Lévy nous parle de sa relation avec Adrien, l’homme de sa vie, son mari, qui l’a quitté pour une autre. Elle met son cœur à nu et parle de sa relation avec Adrien, de tous les petits moments de tendresse qui font un couple. Elle parle aussi de la rupture, de la douleur et de l’incompréhension.

Le livre ne respecte absolument aucune chronologie, alors au début on se sent un peu perdu entre le passé et le présent qui se croisent et s’entremêlent sans aucune indications.

Mais Justine Lévy a ce style qui lui permet de raconter avec une certaine pudeur et beaucoup de douleur ce qu’a été sa relation. C’est un roman d’écorché vif, qui m’a un peu fait pensé à Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan. Comme dans Rien ne s’oppose à la nuit, l’écriture est utilisé pour faire le deuil, le deuil d’une relation cette fois, pour tourner la page. Les deux auteures ont un style assez proche, bien que je préfère sans doute Delphine De Vigan.

J’ai été marquée par le style de l’auteur, par la douleur à fleur de page que l’on ressent, et qui nous touche forcément, d’autant plus si l’on a déjà vécu une rupture douloureuse.

Jours sans faim, Delphine de Vigan

Laure a 19 ans, elle est anorexique… Jours après jours, elle raconte, analyse, décrit… Trois mois d’examen de soi, d’une vie comme dans un aquarium, un livre sincère, sans rancune, sans apitoiement, juste la précision des mots et la vivacité de l’analyse. On découvre un paysage mental, captivé par ce premier roman.

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En septembre j’avais lu et adoré Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine De Vigan. J’ai réitéré avec son premier roman, Jours sans Faim.

Laure a 19 ans, et elle est anorexique. 35 kilos pour 1m75. Elle est hospitalisée, on lui branche une sonde pour la nourrir, on cherche à la soigner. Petit à petit se déroule le quotidien de Laure à l’hôpital, le médecin, les repas, les autres patients… Et peu à peu Laure reprend gout à la vie.

Ce qui frappe dans ce roman, comme dans Rien ne s’oppose à la nuit, c’est l’écriture de Delphine de Vigan. Elle a une écriture absolument magnifique, chacun de ses mots semble juste ciselé.

Ici encore, le roman est biographique, il raconte l’anorexie qui a frappé l’auteur quand elle avait 19 ans. C’est beaucoup moins explicite cependant, dans le sens ou le narrateur parle de Laure à la troisième personne, ou le lecteur est tenu à une certaine distance des événements.

Même si ce qu’elle raconte est extrêmement intime, et terrible, je me suis sentie moins touchée par ce récit. Peut-être que c’est aussi parce que Rien ne s’oppose à la nuit a été écrit à vif, juste après la mort de sa mère, tandis que Jours sans Faims a été écrit (ou du moins publiés) des années après cette période de sa vie.

C’est clairement un témoignage touchant, un beau roman avec une écriture extrêmement fine, mais je trouve Rien ne s’oppose à la nuit plus abouti.