Jours sans faim, Delphine de Vigan

Laure a 19 ans, elle est anorexique… Jours après jours, elle raconte, analyse, décrit… Trois mois d’examen de soi, d’une vie comme dans un aquarium, un livre sincère, sans rancune, sans apitoiement, juste la précision des mots et la vivacité de l’analyse. On découvre un paysage mental, captivé par ce premier roman.

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En septembre j’avais lu et adoré Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine De Vigan. J’ai réitéré avec son premier roman, Jours sans Faim.

Laure a 19 ans, et elle est anorexique. 35 kilos pour 1m75. Elle est hospitalisée, on lui branche une sonde pour la nourrir, on cherche à la soigner. Petit à petit se déroule le quotidien de Laure à l’hôpital, le médecin, les repas, les autres patients… Et peu à peu Laure reprend gout à la vie.

Ce qui frappe dans ce roman, comme dans Rien ne s’oppose à la nuit, c’est l’écriture de Delphine de Vigan. Elle a une écriture absolument magnifique, chacun de ses mots semble juste ciselé.

Ici encore, le roman est biographique, il raconte l’anorexie qui a frappé l’auteur quand elle avait 19 ans. C’est beaucoup moins explicite cependant, dans le sens ou le narrateur parle de Laure à la troisième personne, ou le lecteur est tenu à une certaine distance des événements.

Même si ce qu’elle raconte est extrêmement intime, et terrible, je me suis sentie moins touchée par ce récit. Peut-être que c’est aussi parce que Rien ne s’oppose à la nuit a été écrit à vif, juste après la mort de sa mère, tandis que Jours sans Faims a été écrit (ou du moins publiés) des années après cette période de sa vie.

C’est clairement un témoignage touchant, un beau roman avec une écriture extrêmement fine, mais je trouve Rien ne s’oppose à la nuit plus abouti.

 

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Parmi tant d’autres…, Christophe Malavoy

« Un pantalon garance, une vareuse, une montre de gousset, un portefeuille, des lettres : c’est tout ce qu’il reste d’André. À partir de quelques objets de famille encore pétris de douleur, Christophe Malavoy nous fait revivre les derniers jours de son grand-père, mortellement blessé lors d’un assaut en Champagne en mars 1915. Un dialogue intime s’installe avec la mort, et avec sa femme qu’il ne reverra pas. Un hommage poignant et pudique de l’auteur à son grand-père « tombé glorieusement au champ d’honneur », parmi tant d’autres… »

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J’ignore totalement comment parmi tant d’autres… a atterri dans ma PAL, mais cette première lecture d’octobre se révèle être un flop total. Un livre d’à peine 200 pages que j’ai eu un mal fou à terminer tant je me suis ennuyée.

Parmi tant d’autres… nous ramène en mars 1915, pendant la Grande Guerre. L’auteur, Christophe Malavoy, revient sur les traces de son grand-père, André, décédé en mars 1915 après avoir agonisé pendant 6 jours. Le livre nous raconte alors cette agonie sans fin d’André, au milieu d’autres blessés, dans une église. Le livre nous raconte aussi les souffrances de quelques-uns des personnages alentours: le prêtre qui veille sur les blessés, la villageoise venue aider, et surtout Odette, la femme d’André, enceinte, qui pense à lui depuis Paris.

Autant vous dire tout de suite que le sujet de ce livre (que j’ignorai en commençant à lire) n’est pas particulièrement joyeux. De plus, ce sujet est très mal exploité. En effet, la narration qui entoure André est particulièrement bizarre: on alterne les passages à la première personne du singulier ou André parle et les passages ou c’est l’auteur lui-même qui nous parle de son Grand-père. Les passages sur les autres personnages arrivent toujours comme un cheveux sur la soupe, en plein milieu d’un chapitre, de sorte qu’il est difficile de suivre qui on suit. De plus, les personnages sont très peu caractérisé, seulement esquissé, de sorte que je ne me suis pas attachée à leurs souffrances.

Il me semble que le tout est un choix narratif de Christophe Malavoy, pour faire transparaître que ces personnages appartiennent à une masse beaucoup plus grande de soldats qui vont mourir en 14-18, mais le procédé m’a totalement déconcerté et m’a totalement fait sortir de ma lecture.

Les seuls passages que j’ai apprécié concernent Odette, la femme d’André, enceinte et avec déjà un petit garçon de 18 mois à sa charge. D’une part les passages la concernant sont vraiment séparé du reste du récit de sorte que l’on comprend qui parle. D’autre part, le personnage d’Odette est très bien décrit, et on s’y attache. Le dernier chapitre qui suit Odette apprenant le décès de son mari est un très beau moment.

Bref, une lecture qui ne m’a pas convaincu, bien que je reconnaisse que Christophe Malavoy ait un style intéressant.

 

 

 

Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan

« Ma famille incarne ce que la joie a de plus bruyant, de plus spectaculaire, l’écho inlassable des morts, et le retentissement du désastre. Aujourd’hui je sais aussi qu’elle illustre, comme tant d’autres familles, le pouvoir de destruction du verbe, et celui du silence. »

 

rien ne s'oppose à la nuit

Dans Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan dresse le portrait de Lucile, sa mère. Depuis son enfance au coeur d’une famille nombreuse, jusqu’à son suicide à 60 ans, Delphine retrace la vie de sa mère, s’interroge sur les raisons de l’instabilité de celle ci. En effet, Lucile était bipolaire et a passé sa vie à osciller entre folie et raison.

Je n’avais jamais lu Delphine de Vigan jusque là, et cette première lecture ne sera sans doute pas la dernière! Dans ce roman, l’auteure retrace le parcours de sa mère, avec le souci d’être la plus exacte, la plus juste possible.

Avant même de parler du résultat, j’admire beaucoup la démarche, ce souci de rendre justice à la femme qu’à été sa mère, sans cacher ses faiblesses, sa maladie, mais sans reproches non plus. L’auteure nous fait part au cours du livre de ses difficultés à écrire cette biographie, de sa peur de ne pas rendre justice à Lucile, de blesser ses proches aussi.

Cette biographie, séparée en trois partie distinctes (l’enfance de Lucile, sa vie d’adulte et sa fin), est presque une autobiographie en fait. Si l’enfance de Lucile est relatée d’un point de vue extérieur, très vite au début de la deuxième partie, le récit est fait à la première personne, et c’est le point de vue de Delphine sur sa mère que nous suivons. De telle sorte que je pourrais presque regretter certaines ellipse, certains non-dits qui se justifient car ils ne concernent pas Lucile mais l’auteure elle-même.

J’ai vraiment accroché à ce livre (que j’aurai du mal à appeler roman), le début de la deuxième partie m’a un peu décroché mais tous le reste est extrêmement prenant, émouvant, et très bien écrit.

A travers ce récit, l’auteure s’interroge sur la maladie de sa mère, sur ses causes, et sur son suicide aussi. Elle dresse aussi un portrait de sa famille qui est pour le moins émouvant, avec le souci de rester fidèle à chacun. Si le livre ne parle finalement que très peu de la mort de Lucile, au final c’est une très belle manière d’en faire le deuil.