Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

« « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »
Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. »

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J’ai un problème avec ces romans qui ont tellement de prix, tellement de critiques fantasmagoriques qu’on en attend forcément plus que ce qu’ils peuvent nous donner. Ca a été un peu le cas pour réparer les vivants, qui en plus a été lu dans un mauvais timing: j’avais encore en tête le style de Rosa Montero dans L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, et quoique le style de Maylis de Kerangal soit agréable, cela n’égale pas Rosa Montero à mes yeux.

L’histoire est celle de Simon, un jeune homme, presque un adolescent encore, de tout juste 20 ans. Simon a des parents, Sean et Marianne, lesquelles ne vivent plus ensemble. Il a aussi une petite sœur, Lou, et une petite amie, Juliette. Et puis il y a le surf, et les deux copains avec qui il pratique le surf. un jour, en revenant d’une séance de surf, les garçons ont un accident de voiture, la tête de Simon s’encastre dans le pare-brise, il est déclaré en mort cérébrale, ses organes vont être donnés.

Il s’agit de l’histoire d’une transplantation, histoire en 24h, entre l’accident et la transplantation, dans un style très plaisant.

 » Après quoi, le temps change de nature, il reprend forme. Ou plutôt il prend exactement la forme de l’attente: il se creuse et se tend. Désormais les heures n’ont d’autres usages que d’être disponibles, que l’événement de la greffe puisse y surgir, un cœur peut apparaître à tout instant, je dois être en vie, je dois me tenir prête. »

Pourtant, quelques petites choses mont empêché d’aimer ce livre autant que je m’y attendais. Déjà, il y a une inégalité entre les parties de ce livre: l’auteur arrive sans mal à nous faire ressentir de l’émotion dans la première partie, où nous accompagnons les parents de Simon lorsqu’ils apprennent la mort de leur fils, mais cette émotion s’échappe un peu dans la deuxième partie, laquelle se focalise sur la greffe.

Ensuite, il y a toute une scène ou l’infirmier coordinateur demande aux parents leur accord pour la greffe. Pourtant, il rappelle bien lui-même que toute personne est présumée donneur depuis une loi récente, de sorte que l’accord des proches n’est pas requis. Evidemment, il y a un effort pédagogiques à avoir auprès des proches, mais cette effort ne devrait jamais pouvoir empêcher la greffe.

Je crois surtout que je ne vois pas la portée symbolique des organes tel que veut nous le faire ressentir l’auteur, pour moi un cœur est seulement un organe, pas un réceptacle pour l’âme humaine.

 

 

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Le pont des espions, Quand Spielberg nous raconte l’Histoire

Dans les années 1950, au plein cœur de la guerre froide, Rudolf Abel, le « colonel » Abel, est attrapé par le FBI comme étant un espion russe. Il devient instantanément l’ennemi public n°1 des américains, dont on attend impatiemment la condamnation à mort. James « Jim » Donovan est un avocat en assurance new-yorkais, qui vit avec sa femme et ses enfants à Brooklyn. Il est sollicité par son cabinet pour représenter Abel, afin de donner à ce procès une apparence de justice. Mais Donovan n’abandonne pas, ce qui le conduira à négocier un échange de prisonniers dans Berlin Est au moment de la construction du mur…

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La rumeur veut qu’un film de Spielberg soit forcément un bon film, et celui ci n’échappe pas à la règle !

L’histoire racontée est inspirée d’ne histoire vrai, ce qui n’en est que plus incroyable. Il s’agit de ces récits historiques, à un moment charnier de l’histoire, ou les discussions des personnages renferment des décisions décisives pour des pays entiers, et reflètent des enjeux quant au mode de vie, à la vision du monde…

En cela, le Pont des espions est le récit du combat d’un homme pour imposer sa vision humaniste du monde et de la justice. On est forcé d’adhérer aux choix de ce « standing man » comme le dit le film, car tous ces choix sont d’une justesse absolue, d’une humanité absolue.

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C’est d’abord la justice qui est questionné dans ce film. Doit-on respecter les droits fondamentaux d’un espion? Doit-on lui accorder un procès équitable? peut-on le condamner à mort? La question peut paraître risible, mais c’est la question qui revient encore à propos des criminels, des pédophiles,…Donovan va soutenir l’idée que la guerre froide est une guerre de vision du monde, et que c’est en assurant notre vision de la justice à un espion que l’on gagne la guerre. Vision avec laquelle je ne peux qu’adhérer à 100%.

C’est aussi un film sur la loyauté envers soi-même et son pays, ou le regard des autres est jugé indigne, inconstant, et peu intéressant. Que ce soit le personnage d’Abel, qui refuse de se renier, et ne trahira jamais la Russie, et restera toujours digne, ou le personnage de Donovan, prêt à tout risquer pour sa vision du monde, et insensible aux regards changeant des autres.

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La mise en scène est évidemment très travaillée, pleine de trucs de réalisation pour mieux nous raconter cette histoire.

Un truc utilisé par Spielberg concerne le métro, utilisé par Donovan tant à New-York qu’à Berlin, et qui donne l’occasion d’une comparaison frappante et extrêmement marquante, avec notamment un épisode qui reste en tête. De manière général le découpage du film encourage grandement la comparaison entre les Etats-Unis et la Russie.

 

Nerve, ou les dangers des réseaux sociaux…

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Vee, une adolescente New-Yorkaise timide, est défiée par une de ses amies de s’inscrire sur Nerve, un jeu en ligne. Sur ce jeu, les jeunes peuvent choisir d’être des voyeurs, et de payer pour observer les joueurs, ou des joueurs, défiés par les voyeurs de faire des défis de plus en plus dangereux, jusqu’à la grande finale…

Nerve est un film d’1h3à sorti l’an dernier, et réalisés par Arien Schulman et Henry Joost (connu pour avoir réalisé les paranormal activity 3 et 4). Il s’agit d’une dystopie, donc une fiction qui reprend les traits de notre société et les amplifie pour créer une société imaginaire dénonçant les vices de notre propre société. En particulier, Nerve nous parle de notre rapport aux réseaux sociaux.

Nerve a pu être comparée à l’application Périscope, dans la vraie vie, une application ou les gens peuvent se filmer en ligne, et ou un compteur leur indique le nombre de likes. Dans Nerve, le principe est un peu le même: les joueurs sont défiés d’agir, et plus le défi est sensationnel plus il y aura de personnes pour regarder.

Evidemment, ce film dénonce le voyeurisme des réseaux sociaux en général, avec un final particulièrement explicite à ce sujet, ou les héros sont entourés par tous les utilisateurs, le téléphone à la main, en train de filmer, où chacun est représenté par la lumière de son téléphone.

Nerve dénonce également le sentiment d’impunité des réseaux sociaux, qui pousse aux comportement et commentaires extrêmes, sans penser que l’on puisse y être relié. Or le film rappelle bien que les voyeurs sont complices des infractions pouvant être commises par les joueurs.

Nerve nous rappelle la publicité de notre vie privée, exposée sur tous les réseaux sociaux, de sorte que chacun peut connaître une partie de notre vie.

Bref, Nerve montre une critique assez claire des réseaux sociaux, axés sur des points plutôt clairs.

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Pour autant, le film n’est pas aussi acerbe que l’on pourrait l’espérer, il y a un petit côté trop faciles aux défis, les personnages étant extrêmement rarement en difficultés, et étant bien trop plein de ressources pour des adolescents normaux!

En effet, le film semble être destiné à un public assez jeune, ce qu’on peut voir tant dans le fait que les personnage ne rencontrent pas de difficulté, que dans la romance adolescente présente à l’écran. Les codes de ce genre de film sont effectivement respectés.

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L’esthétique de ce film est entièrement néon: des couleurs très vives, beaucoup de néons de couleurs fluos éclairent le film. Cela donne clairement une personnalité visuelle au film (le directeur photo est Michael Simmonds dont je n’avais vu aucun film). Personnellement, j’ai bien apprécié cette esthétique très fluo, et somme toute assez peu réaliste, mais clairement cela sonne adolescent.

Quelques astuces de réalisation intéressante, notamment la manière dont sont représentés les réseaux sociaux: la caméra se retourne pour se situer à l’intérieur de l’écran, et on voit le doigts du joueur sélectionner les différentes options depuis l’ordinateur. Cela donne une approche dynamique de ces réseaux sociaux, et matérialise assez bien le côté « face caché », l’accumulation de données sur nous par nos ordinateurs.

C’est donc un film sympa sans trop de prétention, mais avec un très bon message !

 

 

 

Blade Runner 2049, du Villeneuve, oui mais…

Oui, après les livres, puis les séries, on parle de films ! Pour commencer, parlons du film du moment, Blade Runner 2049.

J’adore les films de Denis Villeneuve, de lui j’adore déjà la plupart de ses films (Prisoners, Incendies, Enemy entre autres). Blade Runner par contre, je ne connaissais pas, pas du tout. Peut-être suis-je alors passé à côté de certaines choses, sans doute même, mais si ce film est incroyablement beau, je ne suis pas certaine d’avoir été séduite.

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Blade Runner se passe dans un monde futuriste, en 2049 justement. Il prend suit après le premier Blade Runner, lequel se passait en 2019, dans un monde en ruine, ou des robots, les Répliquants, avaient échappés au contrôle des humains pour revendiquer leur liberté.

Blade Runner 2049 met en scène l’agent K, un blade runner, un robot chargé de capturer les Répliquants, lequel est mis sur la piste d’un enfant née d’une répliquante…Se lance alors une enquête policière dans ce monde futuriste.

S’il faut dire une chose de Blade Runner 2049, c’est déjà que ce film est absolument splendide, avec une lumière domptée magistralement. tous les plans sont très beau, très sensoriels, et ils forcent l’admiration. Les couleurs sont superbement travaillés, tout est fait pour donner de la vie au monde qui est créé, et il faut bien admettre que le travail de Villeneuve comme metteur en scène, tout comme celui de Deakins comme directeur photo et de hans Zimmer à la musique, est absolument incroyable.

Le film a un rythme très lent qui permet de vraiment savourer  cette mise en scène majestueuse, mais trop lent peut-être, eu égard au scénario.

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En effet, c’est sur le scénario que cela pèche un peu plus: beaucoup d’incohérences, de décisions des personnages étranges, et une enquête assez poussive, l’histoire de ce film est assez difficile à appréhender.

En plus de cela, les problématiques de SF soulevés m’ont paru assez peu cohérentes. Il y a cette question de la possibilité pour un Répliquant d’avoir un enfant, Villeneuve sous-entend-il que c’est le fait de donner naissance qui fait notre humanité? J’ai passé une partie du film à chercher qui était les Répliquants et qui étaient les humains.

Il y a également l’histoire d’amour humain/IA (mais l’humain en question est un blade runner, donc un robot) avec une très belle et très longue scène d’amour dans laquelle une humaine et une IA fusionnent pour faire l’amour avec l’agent K. Le symbole est beau, mais que signifie-t-il vraiment?

Enfin, il y a ce questionnement sur la mémoire, les souvenirs qui sont sensés faire notre humanité? c’est à mon sens le questionnement le plus réussi, même si scénaristiquement il apparaît un peu incompréhensible.

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Parmi les choses qui m’ont vraiment gênée, il y a cette sexualisation à outrance des corps féminin,présents pendant absolument toute la durée du film et sans aucune justification.

Il y a aussi ce méchant mégalo qui cherche à contrôler le monde et qui m’a paru pitoyable, et cette histoire d’amour entre l’IA et l’agent K, qui ne sert le film que pour permettre d’expliciter absolument toutes les pensées de l’agent K, pourtant très stoïque, ce qui n’était pas très intéressant.

Bref, un des films de Villeneuve que j’ai le moins apprécié, c’est dommage!

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Un pied au paradis, Ron Rash

« Oconee, comté rural des Appalaches du Sud, début des années cinquante. Une terre jadis arrachée aux Indiens Cherokee, en passe d’être à jamais enlevée à ses habitants : la compagnie d’électricité Carolina Power rachète peu à peu tous les terrains de la vallée afin de construire une retenue d’eau, immense lac qui va recouvrir fermes et champs. Pour l’heure, la sécheresse règne, maïs et tabac grillent sur pied.rnLe shérif Alexander est le seul gars du coin à avoir fréquenté l’université, mais à quoi bon, quand il s’agit de retrouver un corps volatilisé ? Car Holland Winchester est mort, sa mère en est sûre, qui ne l’a pas vu revenir à midi, mais a entendu le coup de feu chez le voisin. L’évidence et la conviction n’y font rien : pas de cadavre, pas de meurtre. Sur fond de pays voué à la disparition, ce drame de la jalousie et de la vengeance, noir et intense, prend la forme d’un récit à cinq voix : le shérif, le voisin, sa femme, leur fils et l’adjoint.rnLa qualité littéraire de ce texte puissant et singulier autorise à évoquer Larry Brown et Cormac McCarthy, voire Giono. »

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Lorsque Mme Winchester appelle la police pour leur dire que son fils, Holland, ancien soldat revenu de Corée, a disparu, le sherif Alexander ne s’inquiète pas, Holland étant connu pour boire comme un trou et disparaître sans prévenir. Mais la vieille Winchester n’en démord pas, c’est Billy Holcomb qui a tué son fils, parce qu’il couchait avec sa femme, Amy.

Une histoire très basique, l’intrigue policière la plus simple du monde semble-t-il. Sauf que…ce n’est pas un roman policier, pas vraiment. Le sherif Alexander, Amy Holcomb, son mari Billy Holcomb, leur fils Isaac, et l’adjoint du sherif Bobby vont successivement nous raconter ce qu’il s’est passé, ce qu’ils savent. Le roman n’est pas policier dans le sens ou très vite on connaît le coupable, et on suit juste l’évolution des personnages, à partir de cet événement marquant.

L’important ce n’est pas vraiment l’intrigue, c’est plutôt le cadre. En effet, nous sommes dans l’Amérique rurale des années 50, cette Amérique pauvre et pas très cultivée à laquelle Ron Rash donne la parole. En effet, les chapitres permettent de faire parler chaque personnage. Et chaque fois Ron Rash adopte son style au personnage. En cela, c’est un véritable exercice de style, et très bien mené qui plus est.

J’ai bien aimé cette lecture même si j’ai eu du mal avec ces chapitres extrêmement long (il n’y en a que 5 dans le roman alors que celui ci fait 300 pages!). C’est une vision beaucoup plus rurale que ce que j’ai l’habitude de voir.

 

This is us, ou la mythologie familiale redécouverte

Je vous en ai un peu parlé dans mon bilan du mois de septembre, This is us est ma toute dernière découverte, c’est ma série doudou du moment !

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This is us, c’est le genre de série ou l’on suit juste l’histoire des personnages, sans rebondissements ahurissants, juste des gens qui vivent leur vie. Et ces gens qui vivent leur vie, c’est la famille Pearson, dont quatre des membres sont nés le même jour. Jack Pearson a épousé Rebecca, avec qui il a eu des triplés. Oui mais…l’un d’entre eux étant mort-né, ils adoptent un enfants nés le même jour, trouvé près d’une caserne de pompier. Ils vont donc élever Kevin, Kate et Randall.

La série va alors s’attacher à suivre à la fois Jack et Rebecca lorsqu’ils élèvent leurs trois enfants dans les années 80, et ces trois enfants parvenus à l’âge adulte. Il y a donc quatre axes suivis en parallèles: Jack et Rebecca, et Kate, Kevin et Randall.

This Is Us - Season 1

En plus d’être une série avec des personnages hyper attachants, This is Us est une série qui aborde des thématiques très intéressantes.

C’est d’abord une série qui nous parle de mythologie familiale, cette histoire familiale connue de toute la famille et sur laquelle nous avons grandi. Chaque épisode montre à la fois des événements qui ont marqué la jeunesse de Kate, Kevin et Randall et leur âge adulte, on voit donc très bien que certains événements de leur passé ont impacté leur présent. Parfois c’est omniprésent et très fort, comme la mort de leur père, parfois beaucoup plus léger comme leur rituel de Thanksgiving. Dans tous les cas, les personnages tels qu’ils sont adultes ne sont pas des pages vierges, ils se construisent avec leur histoire.

La série aborde d’autres thématiques, dans les différents axes suivis par les personnages, qui, sans être parfaits, sont quand même très positifs !

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Le personnage de Kate, d’abord, a l’un des axes les moins vus et les mieux traités. En effet, Kate est en surpoids. La série réussit à traiter le problème de poids de Kate de manière assez fine, là ou les séries s’aventurent rarement sur ce terrain (ou seulement pour faire rire). La relation de Kate avec son poids, ses complexes qui empoisonnent sa vie, et détériorent fortement sa relation avec sa mère sont très bien montrés. De même est abordé le sujet du régime, de sa nécessité, de sa difficulté, les différentes manières de mincir, au final sans porter un jugement sur les différents choix des personnages.

Ce que j’apprécie beaucoup également, c’est que le fait que Kate soit grosse ne résume pas son personnage. Kate est également une excellente chanteuse, qui ne se remet pas de la mort de son père, qui est extrêmement lié à son frère jumeau. Surtout, Kate est un intérêt amoureux, ce qui est rarement le cas des personnages en surpoids à la télévision. Ici Kate est non seulement un intérêt amoureux, mais elle est montrée comme une belle femme, attirante (ce qu’elle est !) et ça fait plaisir !! Après, il aurait pu être cool que les intérêts amoureux ne soient pas tous en surpoids, mais montrer des gros et des minces ensemble à la télé semble encore difficile.

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Randall ensuite, a également un axe extrêmement intéressant. Il est l’enfant noir adopté par les Pearson, ce qui clairement est une position difficile et est montré comme tel.

Du fait de son statut d’enfant adopté, Randall se questionne sur ses origines, à tel point qu’il engage un détective pour retrouver son père biologique, et qu’une fois retrouvé, il installe ce père chez lui. La série montre bien que cette quête des origines est naturelle, et n’a rien à voir avec la qualité de ses parents.

De plus, avec William, le père biologique de Randall, la série aborde d’autres thématiques intéressantes. En effet, William est un ancien drogué atteint d’un cancer en phase terminale. Le sujet de la maladie est abordé avec délicatesse. Mais pas seulement, William est également une personne âgé avec une vie amoureuse (déjà c’est rare), et qui plus est bisexuel ! Certes la série aborde cette thématique rapidement mais c’est très encourageant! Avec William, on parle aussi de deuxième chance, de pardon, on fait passer le message qu’il n’est jamais trop tard, et je trouve ça chouette.

La série s’essaye aussi à parler du racisme puisque Randall est noir, mais compte tenu du milieu très aisé dans lequel vit Randall, le racisme institutionnalisé est passé sous silence, pour parler plutôt de la différence que ressent Randall enfant.

Un dernier axe intéressant concernant Randall est le fait qu’il soit sujet à des crises d’angoisses. Ce sujet est extrêmement rarement traité, et encore moins concernant des hommes, donc je trouve bien que ce soit abordé !

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Kevin enfin est le personnage dont la carrière est la plus développée. C’est en effet un acteur d’une série à succès qui décide de tout laisser tomber et de recommencer à New-York. C’est un personnage intéressant en ce qu’il est le modèle même de l’homme blanc cis hétero riche à qui tout réussit mais pourtant Kevin est très souvent l’incarnation du doute. Pour autant ce n’est pas mon axe préféré de la série clairement.

En parlant de carrière justement, un de mes reproches à la série concerne la représentation des femmes au travail. En effet, Kevin, Randall et Jack sont montrés comme ayant un emploi, et si Jack ne s’y épanouit pas vraiment, Randall et Kevin aiment vraiment leur métier. A l’opposé, les femmes de la série ne travaillent que très peu. Rebecca est mère au foyer, sa tentative de se lancer dans la chanson est vite avortée, Kate a parfois des velléité d’emploi mais cela ne dure jamais plus d’un épisode (de quoi vit-elle?). Quand à Beth, la femme de Randall, elle a l’axe le plus intéressant à ce sujet. Elle pointe bien l’impact que ses enfants ont eu sur son métier.

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Quand à Jack & Rebecca, j’adore que la série nous montre Jack comme un père totalement dévoué à sa famille, et qui passe un maximum de temps avec ses enfants.

Bref une très jolie série, qui n’est pas exemptes de défaut, mais dont j’attend avec impatience les prochains épisodes de la saison 2 !!

 

L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero

« Chargée d’écrire une préface pour l’extraordinaire journal que Marie Curie a tenu après la mort de Pierre Curie, Rosa Montero s’est vue prise dans un tourbillon de mots. Au fil de son récit du parcours extraordinaire et largement méconnu de cette femme hors normes, elle construit un livre à mi-chemin entre les souvenirs personnels et la mémoire collective, entre l’analyse de notre époque et l’évocation intime. Elle nous parle du dépassement de la douleur, de la perte de l’homme aimé qu’elle vient elle-même de vivre, du deuil, de la reconstruction de soi, des relations entre les hommes et les femmes, de la splendeur du sexe, de la bonne mort et de la belle vie, de la science et de l’ignorance, de la force salvatrice de la littérature et de la sagesse de ceux qui apprennent à jouir de l’existence avec plénitude et légèreté. « 

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Décidément j’enchaîne les bonnes lectures en ce moment ! L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir est le premier livre que je lis de Rosa Montero, une auteur espagnole dont le style m’a beaucoup fait penser à celui de Delphine de Vigan, et plus particulièrement à Rien ne s’oppose à la nuit.

Dans Rien ne s’oppose à la nuit comme dans L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, les auteures ont perdu un proche et nous font une biographie, dans une écriture absolument magistrale.

En effet, dans l’Idée riducule de ne plus jamais te revoir, Rosa Montero est chargée d’écrire une préface pour le journal que Marie Curie a écrit après la mort de son mari, Pierre. Cette situation résonne aux oreilles de Rosa, laquelle a perdu son mari trois ans auparavant.

Rosa se charge alors d’une biographie de Marie Curie, mais pas que. En effet, sous couverts de nous raconter la vie de Marie Curie, Rosa nous parle de la vie en général, en ayant une analyse psychologique très fine de la personne de Marie Curie et de ses choix. Au fil de ce récit, Rosa va alors aborder un certain nombre de thèmes universel tels que le deuil, la vieillesse, les relation hommes-femmes, l’amour, les relations avec les parents, le processus d’écriture,…

Et ce qui est le plus magique, c’est le talent fou qu’elle a pour écrire, sa plume est absolument magistrale, je ne résiste pas à mettre un extrait:

« Pour vivre nous devons nous raconter. Nous sommes un produit de notre imagination. Notre mémoire est en réalité une invention, un conte que nous réécrivons un peu tous les jours. Ce qui veut dire que notre identité, elle aussi, est fictionnelle, étant donné qu’elle se fonde sur la mémoire« 

Bref, une lecture absolument magistrale, ou non seulement on en apprend un peu plus pour Marie Curie, laquelle était véritablement une femme admirable, mais on réfléchit un peu. C’est un livre sur la vie, tout simplement !

Le réseau Corneille, Ken Follet

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, les services secrets britanniques ont missionné des espionnes sur le sol français. Ken Follett s’est inspiré de ce fait de guerre véritable pour construire un roman d’espionnage palpitant.
Betty a vingt-neuf ans, elle est officier de l’armée anglaise, l’une des meilleures expertes en matière de sabotage. À l’approche du débarquement allié, elle a pour mission d’anéantir le système de communication allemand en France. Après une première tentative catastrophique et coûteuse en vies humaines, Betty va jouer le tout pour le tout… »

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1944, Betty Clairet, officier des services de renseignements anglais, se voit confier la mission de détruire une base téléphonique située à Sainte-Cécile. Après une opération mal menée qui lui coûte de nombreux hommes, Betty se voit donner une seconde chance de mener à bien sa mission. Elle a une semaine pour recruter et former six femmes, pour qu’elles l’accompagnent mener à bien sa mission.

Dans le même temps, Dieter Franck, major dans l’armée allemande, s’est vue confier par Rommel la tache de protéger les positions allemandes. Pendant une semaine il va tout faire pour attraper Betty, cible de choix de ce maître de la torture puisqu’elle a des informations sur de nombreux réseaux de la résistance…

Ca y est j’ai entamé ma wish-list d’octobre ! Et quel roman ! Si j’avais apprécié la lecture des pilliers de la terre cet été, cela n’a rien à voir avec le réseau Corneille, lequel est nettement plus abouti ! Fini les personnages manichéen à l’extrême. Ici le duel qui oppose Betty à Dieter est on ne peut plus équilibré.

Certes, Dieter est présenté comme le méchant, c’est même un maître de la torture, mais c’est aussi un homme fin et raffiné, d’une intelligence supérieure, auquel on s’attache aussi.

Mais le personnage clef du roman est certainement celui de Betty Clairet. Betty est la femme forte par excellence, l’héroïne la plus badass qu’il m’ait été donné de voir depuis un moment et je l’ai adoré ! En effet, c’est une femme forte, capable d’abattre un homme, de leader une équipe, et de porter secours aux hommes. Elle n’a pas que des qualités, elle se montre aussi colérique, impatiente et parfaitement vulgaire. Il n’empêche, présenter une telle héroïne dans un roman historique se déroulant en 1944 c’est du grand art ! Surtout qu’apparemment, Betty est inspirée d’une personnalité réelle.

Quand à la structure du roman, ce n’est pas extrêmement original, on est dans la structure classique du roman d’espionnage alternant les chapitres suivant Dieter et ceux suivant Betty. mais si l’intrigue est classique, elle est bien menée, et le suspens fonctionne parfaitement sur les derniers chapitres. Le style de Ken Follet est toujours aussi simple et facile d’accès.

Bilan, octobre 2017

Bon, enfin un mois ou je lis suffisamment pour pouvoir reprendre un bilan ! J’espère continuer à lire régulièrement dans les prochains mois, a priori c’est bien parti !

Ce mois-ci j’aurai lu 6 livres, ce qui est pas trop mal, même si j’espère vraiment faire mieux le mois prochain. Bref voici le bilan :

  • Policier :  Deux lectures policières, qui ne m’ont vraiment emballé ni l’une ni l’autre. D’abord Le diable de la Tamise  dont l’intrigue policière ne m’a pas franchement convaincue, même si l’idée de base était intéressante. Ensuite, Le sang des farines, le sixième tome des aventures de Nicolas Le Floch, dont je commence peut-être à me lasser, trop de similitudes entre chaque épisode.
  • Contemporain: Deux très belles découvertes ce mois ci, Dites aux loup que je suis chez moi, un très beau roman initiatique sur l’adolescence qui parle de la famille, et aussi du sida; et ensuite Les filles de l’Ouragan, sorte de saga qui suit deux femmes sur cinquante ans de leur vie dans l’Amérique la plus rurale.
  • Chick-lit: Une plutôt belle incursion dans le monde de la lecture chick-lit ce mois cicouv55144281avec Le théorème du homard, une très belle histoire qui en profite pour parler d’amour et aussi d’autisme de très jolie façon

 

 

  • couv59863163Coup de cœur du mois: Coup de cœur absolu ce mois ci pour Défendre Jacob, un roman judiciaire avec une psychologie des personnages absolument parfaite !

 

 

 

Au niveau séries télé (on va essayer de faire un bilan aussi voui voui), j’ai vu 6 séries différentes ce mois ci.

D’abord The Handmaid’s Tale, mon coup de cœur sériel du mois, une dystopie glaçante dans laquelle les femmes sont ramené à leur rôle d’enfantement. Ensuite j’ai revu Jessica Jones, une de mes séries préférées, qui  suit les retombées psychologique des super-pouvois sur les super-héros, et parle très bien de traumatisme.

Ensuite j’ai suivi de plus ou moins loin plusieurs séries dont je n’ai pas parlé sur le blog, soit par flemme, soit parce que je n’avais rien d’intéressant à en dire:

  • Glow: Un petit plaisir coupable, vu surtout pour son esthétique. L’histoire suit Ruth, une actrice et looseuse absolue qui se retrouve embarquée dans une émission de catch féminin pondu par un jeune play-boy immature et un réalisateur de nanard désargenté. Rien de fou, mais j’ai bien aimé, même si ça n’a rien de profond. j’avoue que je ne connaissais pas le catch et que j’ai aimé le découvrir ! Et surtout, une série dont presque tous les rôles sont tenues par des femmes, très différentes les unes des autres et loin des représentation habituelle, ça fait du bien !

 

  • Orange is the new black: J’ai vu la dernière saison de Orange, que j’ai adoré et qui m’a fait trembler pour tous les personnages. J’adore cette série qui se bonifie avec le temps, et qui a le casting le plus diversifié que je connaisse. J’en ferai probablement un article un jour. En attendant je tremble pour la suite de la série que j’attend avec impatience.

 

  • Daredevil: Cela faisait longtemps que je n’avais pas abandonné une série en cours, mais j’ai fini pour le faire avec Daredevil ! Cette série m’a ennuyé à mourir. Je n’ai jamais réussi à m’attacher à aucun des personnages (sauf peut-être un peu à  Foggy), et le concept du super-héros aveugle mais qui en fait a une perception tellement développé qu’il n’est pas vraiment aveugle m’a franchement enervé, j’ai trouvé cette représentation du handicap assez naze, même si je suis consciente que ce n’est pas le sujet.

 

  • This is us: Une petite pépite que je viens seulement de découvrir, et après avoir vu le premier épisode j’ai très très envie de voir la suite. A priori il s’agit d’une saga familiale mignonne comme tout !

 

 

 

 

 

Défendre Jacob, William Landay

« Depuis vingt ans, Andrew Barber est procureur adjoint du comté de Massachusetts. Admiré par ses pairs pour sa combativité au tribunal, respecté de la communauté, il est aussi un père de famille heureux, veillant sur sa femme Laurie et leur fils Jacob. Quand un crime atroce secoue la quiétude de sa petite ville, c’est la foudre qui s’abat sur lui : son fils de 14 ans est accusé du meurtre d’un camarade de classe. Andrew ne peut croire à la culpabilité de Jacob et va tout mettre en oeuvre pour prouver son innocence. Mais à mesure que les indices à charge s’accumulent et que le procès approche, certaines révélations surgies du passé sèment le doute et menacent de détruire son mariage, sa réputation et sa foi en la justice. Le dos au mur, Andrew devra faire face au pire dilemme de sa vie : choisir entre la loyauté et la vérité pour défendre cet adolescent qu’il connaît si mal. »

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Dernier livre du mois de septembre aujourd’hui, Défendre Jacob est un pur coup de cœur. A première vue, ce gros pavé ne m’attirait pas spécialement pourtant, je l’avais inscris sur ma wish-list il y a plusieurs mois, et je l’ai acheté récemment, d’occasion, sans grande convictions, sans plus me renseigner, juste pour voir. Et bien cela a été un grand succès !

Andrew Barber, premier procureur adjoint du Massachussets, vit dans la petite banlieue de Newton avec sa femme, Laurie, et son fils Jacob âgé de 14 ans. Survient le meurtre de Ben Rifkin, un adolescent dans la même classe que Jacob, dont l’enquête est confié à Andrew. Mais très vite, il est dessaisi de l’enquête et c’est Jacob qui est arrêté. Andrew et Laurie vont alors devoir se battre pour défendre l’innocence de leur fils contre la vindicte populaire, alors même que les preuves s’accumulent, et que le doute s’insinuent en eux.

William Landay a lui même été procureur et avocat, ce qui explique ses excellentes connaissances dans le domaine de la justice, et la cohérence de l’intrigue judiciaire qu’il nous propose. L’intrigue est en effet très bien ficelé et réussit à nous proposer une fin intéressante et pour le moins surprenante. Cela est d’autant plus remarquable que les romans judiciaires ont très souvent une structure comparable: on suit une enquête, laquelle aboutit à un procès dans lequel est accusé une personne qui clame son innocence. Or William Landay réussit malgré tout à renouveler le genre.

Mais ce n’est pas pour cela que Défendre Jacob est un coup de cœur. Ce qui rend ce roman véritablement exceptionnel c’est le développement psychologique qui est donné à chacun des personnes ainsi que l’évolution de leurs relations. Rarement des personnages m’avait apparu si crédible, et si humains dans toutes leurs forces et leur faiblesse, et rarement j’ai eu autant envie qu’ils s’en sortent, tous, aussi indemnes que possibles ! Le roman dissèque véritablement la dynamique de cette famille, et la fait évoluer de manière crédible pendant tout le roman.

En plus de cela, le style de l’auteur est simple mais agréable, ce qui permet d’engloutir les 400 pages du roman, plutôt très vite.