La chute des géants, Ken Follet

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En Angleterre, Billy Williams est mineur dans les mines d’Aberrowen en 1910, tandis que sa sœur Ethel est la gouvernante et maîtresse du comte Fitzgerald, propriétaire des mines et marié à la princesse Béa, une russe. La sœur du comte, Maud, est une suffragette convaincue qui lutte pour le droit de vote des femmes. A Londres, vit également Walter Von Ulrich, un jeune diplomate allemand bien décidé à maintenir la paix. Aux USA, Gus Dewar travaille aux côtés du président Wilson, et cherche à maintenir la paix. En Russie, Lev et Gregori Pechkov travaillent dans une usine et rêvent de s’en échapper. A travers tous ces personnages, Ken Follet traverse 10 ans d’histoire, de guerres, de manœuvres diplomatique et de révolutions.

Encore un Ken Follet de lu, après Les piliers de la Terre et Le réseau Corneille ! J’aime décidément toujours cet auteur qui rend l’historie tellement vivante, avec une foule de détail. Ces personnages sont forts, avec du caractère et des opinions tranchés, et ils s’opposent souvent les uns aux autres. Plusieurs intrigues coexistent évidemment, j’ai regretté que toutes ne soient pas autant développées. L’auteur se concentre très fort sur l’Angleterre, et certains récits n’ont pas assez de place pour avoir alors de l’intérêt, le récit américain notamment est trop condensé alors qu’il aurait dû être passionnant.

J’ai également regretté que Ken Follet soit trop gentil avec ses personnages, un trait que je n’avais pas observé dans ses précédents livres. En effet, si plusieurs personnages se rendent sur les tranchées, tous survivent miraculeusement, même lorsqu’ils s’opposent les uns aux autres, leur situation n’est jamais vraiment catastrophique, ils s’en sortent toujours.

Néanmoins, ce livre de 1024 pages ce lit facilement, et avec beaucoup de plaisir, on y aborde des thématiques très intéressantes: la société des nations, les tranchées, la lutte des classes, le droit de vote des femmes, …

Mon roman préféré de Ken Follet reste le réseau Corneille, mais je lirai la suite de ce livre avec plaisir !

 

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Incarcération, Jonathan Holt

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Mia Elston est une adolescente de 16 ans, fille du commandant Elston, capitaine dans l’armée de l’air, lequel vit sur une base militaire en Italie, près de Venise. La jeune fille va être enlevée par de mystérieux individus, qui prétendent combattre la construction d’une autre base militaire sur le site de Dal Molin, et exige un referendum sur cette question. Pour cela, chaque jour est postée une vidéo de Mia, subissant les même procédés de tortures qu’à Guantanamo. Ces vidéos sont postés sur le mystérieux réseau social Carnivia. Pour résoudre l’enquête, le capitaine des carabiniers Kat Tapo, le lieutenant Holly Bolland et Aldo Piola vont devoir s’unir, et débusquer de mystérieux intérêts communs à l’armée, l’Eglise et la mafia.

Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman policier et quel roman ! L’intrigue est tenu d’une main de maître, les fils s’enchevêtrent dans tous les sens, reliant histoire de l’Italie, guerre froide, terrorisme, mafia, Eglise,… Tout se tient parfaitement et on ne peut qu’être impressionnée par cette enquête extrêmement bien gérée.

Les personnages également sont très attachants, et font tous preuve d’une intelligence et d’une crédibilité parfaite. Chacun suit des pistes différentes et complémentaires. De plus, ils ont chacun une histoire plus ou moins bien développée. Si certaines choses sont suggérées, j’aurai aimé en savoir plus sur la relation entre Kat et Aldo.

Sans ce doute ce roman n’est pas un coup de cœur car si je comprends la fin, c’est un peu trop un « happy end » pour moi, certains événements ne m’ont pas paru hyper crédible dans les 50 dernières pages.

Pour autant, j’ai vraiment adoré ce roman, hypermoderne, qui explore toutes les pistes actuelles pour aboutir à un roman percutant et extrêmement intelligent. Bref, une belle découverte ! Ce roman est le deuxième tome d’une trilogie dont je n’avais pas lu le Tome 1, ce que je ne vais certainement pas tarder à faire !

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, Harper Lee

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Scout a 8 ans, elle vit à Maycomb, dans l’Alabama, avec son grand frère, Jem, et son père, Atticus. Ses journées se passent à espionner Boo Radley, le voisin qui ne sort jamais de chez lui, à découvrir l’école. Mais un jour, Atticus, qui est avocat, est commis d’office à la défense de Tom Robinson, un noir accusé d’avoir violé Mayella Ewell, une adolescente pauvre. Pour ce crime, il risque la peine de mort dans les années 30 aux Etats-Unis, en pleine ségrégation. Même s’il clame qu’il ne l’a pas touché.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est un grand roman, qui a d’ailleurs reçu le prix Pullitzer lors de sa sortie en 1962.

La force de ce roman est qu’il est raconté par les yeux d’une enfant de 8 ans, mais sans jamais nous prendre nous même pour des enfants, y sont abordées des questions telles que le viol, le racisme, la justice, la pauvreté,… En plus de cela, si l’on remet ce livre dans le contexte des années 60 pendant lesquelles il est paru, la liberté de ton, et la façon d’aborder les choses est tout à fait extraordinaire. Probablement pour cela que c’est la deuxième fois que je lis ce livre en moins de deux ans.

Scout s’interroge sur son monde, et ce faisant, elle nous interroge sur notre monde, qui n’est pas si différent du sien.

Il y a aussi une portée métaphorique importante dans ce livre, les oiseaux moqueurs ce sont Boo Radley, et Tom Robinson, des innocents que la population ne comprend pas, à cause de ses préjugés, et qui sont jugés, pas juste par le tribunal, mais surtout par la population. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est alors une leçon d’ouverture d’esprit, et d’acceptation de l’autre. Cela est évidemment porté par tous les personnages positifs du livre, mais surtout par Atticus, ce père célibataire qui éduque seul ses deux enfants dans les années 60. Vu par les yeux de sa fille Atticus semble un être absolument parfait, emprunt de droiture et de justice.

Récemment un second livre est paru, dans lequel Harper Lee dépeint une Scout jeune femme, en opposition à son père. J’ai hâte de le lire, même si j’ai un peu peur d’écorner ma vision idéalisée d’Atticus.

Les heures souterraines, Delphine de Vigan

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Mathilde a 40 ans, vit dans un bel appartement parisien, seule avec ses trois enfants, et travaille dans une grande société, la même depuis 8 ans. Mais depuis quelques mois, il lui est difficile d’aller au travail. Ce sont des petits riens, beaucoup de petits riens, orchestrés par Jacques, son patron. Petit à petit, elle a perdu toutes ses responsabilités, et le travail est devenu un enfer, sans mots, insidieusement.

Thibault est médecin pour les urgences de Paris. Tous les jours, il parcourt la ville dans sa voiture pour porter secours à ces parisiens, contempler toute la misère qui anime la ville. Il assiste les petites maladies du quotidien, et les choses plus graves aussi, la solitude, la folie. Il est amoureux d’une femme qui ne l’aime pas en retour.

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De Delphine de Vigan, j’avais déjà lu Rien ne s’oppose à la nuit, et Jours sans Faim, deux romans autobiographique. Avec Les heures souterraines, c’est un roman parfaitement nouveau que je découvre.

Ce roman, c’est celui de la solitude, des gens abimés, de l’oppression. On va suivre pendant 24h deux personnages qui vivent une très grande solitude, et qui étouffent.

Evidemment, l’écriture de Delphine De Vigan est absolument splendide, tout est ciselé, chaque mot sonne parfaitement juste. Sa plume est ici à vif, chaque mot est fait pour oppresser le lecteur. Ce court livre de 240 pages m’a littéralement bloqué la respiration, fait ressentir toute la douleur des personnages, toute leur solitude. Paris apparaît sous un jours froid et lugubre.

On parle ici de dépression, bien sur, bien que le mot ne soit jamais prononcé. Le personnage de Mathilde souffre clairement d’une dépression, laquelle est abordée avec des mots très juste. On rend compte ici de la fatigue qui empêche de se lever, du cafard qui empêche de sourire. Autre thème abordé, le harcèlement au travail. Ici aussi, beaucoup de justesse, des petits riens qui s’accumulent, et s’accumulent encore, jusqu’à ce que Mathilde se retrouve isolée dans un bureau vide à côté des toilettes.

Il est également question de solitude, et de dépendance amoureuse avec le personnage de Thibault. J’admet que cet axe m’a moins intéressés, j’ai trouvé que c’était moins travaillé, et que cela était abordé trop superficiellement.

Il ne se passe pas grand chose dans ce livre, on découvre seulement deux personnages qui luttent pour ne pas sombrer, pour rester du côté des vivants. Alors la lecture est difficile, elle fait mal au cœur, mais c’est juste très beau.

« Mais les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. Dans la vraie vie, ils se croisent, s’effleurent, se percutent. Et souvent se repoussent, comme les pôles identiques de deux aimants.« 

 

 

 

 

Prodigieuses créatures, Tracy Chevalier

Dans les années 1800 les sœurs Philpot, Elizabeth, Margaret et Louise, trois vieilles filles à la charge de leur frère, s’installent dans le village de Lymes. Très vite, Elizabeth va se passionner pour les fossiles qu’elle découvre sur les plages. Cette passion est également partagé par Mary Anning, une jeune fille presque une enfant lorsqu’elle se rencontre, de classe ouvrière. Mary Anning et Elizabeth vont alors explorer les plages à la poursuite de fossiles, jusqu’à remettre en cause les théories sur la création du monde.

4Tracy Chevalier est un auteur dont j’avais beaucoup entendu parler, mais dont je n’avais jamais rien lu, heureusement j’ai réparé cette erreur ! Tracy Chevalier est une excellente conteuse d’histoire qui narre avec un style très fluide sans trop de fioritures un fait divers absolument exceptionnel.

En effet, l’histoire d’Elizabeth Philpot et de Mary Anning a bien existé dans la réalité. Ce sont bien ces deux femmes qui ont réalisés les premières découvertes de fossiles importantes, Mary découvrira notamment les premiers ichtyosaures et plésiosaures, des animaux marins très anciens.

Compte tenu du résumé du livre, je m’attendais en réalité à beaucoup plus d’avancée scientifiques, de débat sur la création du monde entre ces jeunes femmes et des scientifiques de renom. Tel n’a pas été le cas, ce qui au final me parait évident. Si on a toléré que les deux héroïnes chassent les fossiles, on leur a refusé toute place dans la recherche scientifique, refusant même de laisser entrer Elizabeth dans la société de Géologie. Ces avancées sont donc en arrière fond, puisqu’elles ne sont pas l’œuvres d’Elizabeth et Mary.

Ce récit fait en effet la part belle aux difficultés nées de la condition de femme au XIXème siècle, ainsi qu’à la classe sociale de Mary. Ainsi, Elizabeth Philpot n’a pu se marier, faute de beauté ou de richesse, et reste donc à la charge de son frère, encadré par des cadres sociaux rigides, à Londres, il lui est même interdit de se déplacer seule sans chaperon. De même Mary, par son attitude peu féminine semble décourager les prétendants, et les scientifiques qui viennent la consulter, s’ils reconnaissent son talent, ont quand même un certain mépris pour elle, du fait de son sexe et de sa classe. Tracy Chevalier raconte alors le récit d’une amitié complexe entre deux femmes, unis par une même passion, mais dont l’âge et la classe diffère.

C’est réellement un beau roman, qui met en lumière des femmes inconnues du grand public, et que j’ai beaucoup apprécié.

« Le nom de Mary ne sera jamais consigné dans les revues ou les ouvrages scientifiques ; il sera oublié. C’est ainsi. une vie de femme est toujours un compromis.« 

Rien n’est trop beau, Rona Jaffe

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New-York, 1952, des jeunes filles, à peines une vingtaine d’année, travaillent pour les éditions Fabian, comme dactylo principalement. Caroline, abandonnée par son fiancé, et qui se jette à corps perdu dans son travail. Mary Agnès, qui attend avec impatience son mariage avec Bill, son fiancé. Barbara, jeune mère divorcée d’une enfant de deux ans.  April, jeune provinciale venue à New-York pour devenir comédienne. Gregg, également comédienne. Toutes cherchent l’amour, et se croisent au travail.

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Rona Jaffe a écrit ce livre en 1958, et ce roman a immédiatement suscité l’engouement de très nombreux lecteurs, puis fut adapté en film.

On rencontre cinq jeunes femmes, venu travailler à New York, et prêtes à tout pour trouver l’amour, se marier, avoir des enfants, et arrêter de travailler. Evidemment, aujourd’hui les mentalités ont quelque peu changés, et les rêves et problèmes de ces jeunes filles de 22 ans cherchant absolument à se marier ne sont pas les miens. Cela fait de ce livre un témoignage de l’époque assez réaliste. C’est également un roman audacieux pour l’époque, ou l’auteur aborde de front des questions telles que l’avortement, l’ambition d’une femme, le harcèlement au travail, le statut des divorcées, ou encore la sexualité.

En tant que roman, je ne suis qu’à demi convaincue. En effet, on suit cinq jeunes filles, chaque chapitre étant consacré à l’une d’elles. Mais toutes n’ont pas la même importance dans le roman, de sorte que certaines des filles m’ont laissés totalement indifférentes. Il aurait été mieux d’en enlever une ou deux afin de creuser plus profondément leur personnalités. D’autant plus que dès que l’une des filles se case, elle cesse de venir au bureau, et d’apparaître dans la narration. L’auteur, tout comme les mentalités de l’époque, semble penser qu’une femme a achevé sa vie lorsqu’elle trouve un mari.

Pour autant, le livre se lit bien, le style est fluide et agréable, et j’ai beaucoup apprécié la fin, en demi-teinte pour l’une des héroïnes. Mais je suis à peu près convaincu que j’aurai tout oublié d’ici une semaine.

« Pour ceux que le présent favorise, il est facile d’oublier le passé, même si on y parvient jamais tout à fait. lorsque l’hiver arrive le printemps ne représente plus qu’un vague souvenir évoqué avec nostalgie : l’hiver qui s’installe réclame aussitôt toute votre énergie. Si le printemps devait disparaître sans que rien ne vienne le remplacer, on vivrait à jamais avec des souvenirs du passé. On peut parfois en dire autant de l’amour, mais pas toujours.« 

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

Je reviens après une absence un peu trop longue, vous parler d’un livre absolument sublime, qui m’a marqué comme peu de livres le font, et dont je ressort époustouflée, vraiment.

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En décembre 2004, Emmanuel Carrère est au Sri Lanka lorsque survient le terrible tsunami qui fera de très nombreux morts, dont Juliette, une enfant de 4 ans, fille d’un couple français, désespérés. Juste après, il assiste au décès d’une autre Juliette, sa belle-sœur, une jeune femme de 33 ans, juge d’instance au tribunal de Viennes, mariée et mère de 3 filles. Après ces décès, il va être confronté à l’amitié profonde qui unissait la juge à un de ses collègues, tous deux étant boiteux, tous deux juges au tribunal d’instance. C’est leur histoire, qu’Emmanuel Carrère a choisi de raconter.

Rarement, voir jamais, une histoire n’avait raisonné à mes oreilles avec autant de justesse, rarement je ne m’étais autant reconnu, tant dans l’auteur que dans ses personnages. Toutes les thématiques qui me sont chères, ou presque, sont abordés, et le sont bien: le handicap, la maladie, la mort, la justice, la famille, l’amour,…L’image des juges boiteux se battant dans des affaires de surendettement me touche immensément. Et, juridiquement, tout est extrêmement juste, ce qui ne gâche rien.

Je suis ressortie de ce livre en me disant que si j’arrivais à écrire un livre et que celui ci touchait quelqu’un de la manière dont ce livre m’a touché, j’aurais réussi ma vie. Ce livre est un chef d’œuvre, je vais probablement lire tous les autres livres d’Emmanuel Carrère à sa suite.

Bref, un coup de cœur absolu !

 

Mort d’une héroïne en rouge, Qiu Xiaolong

« Shanghai 1990. Le cadavre d’une jeune femme est retrouvé dans un canal par deux jeunes pêcheurs. Pour l’ambitieux camarade inspecteur principal Chen et son adjoint l’inspecteur Yu, l’enquête va rapidement se compliquer lorsqu’ils découvrent l’identité de la morte. Il s’agit de Hongying, Travailleuse Modèle de la Nation. Une fille apparemment parfaite et solitaire qui a pourtant été violée et étranglée. Qui se cache derrière ce masque de perfection et pourquoi a-t-on assassiné la jeune communiste exemplaire ? Chen et Yu vont l’apprendre à leurs dépens, car à Shanghai, on peut être un camarade respecté tout en dissimulant des mœurs … déroutantes. Un fascinant polar du côté de l’Empire Céleste, mené avec humour, poésie, gourmandise et un sens très particulier de la morale. »

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Et voila mon premier roman du mois…qui se trouve aussi être mon premier roman chinois, ou du moins mon premier roman chinois depuis treeeees longtemps !

Il s’agit en fait d’un roman policier, premier tome d’une saga de 10 tomes ayant pour personnage principal l’inspecteur Chen, jeune membre du parti communiste dans le Shangai des années 90.

Dans ce premier tome nous découvrons l’inspecteur Chen, récemment promu inspecteur principal et ayant récemment obtenu un appartement individuel, un luxe, aux prises d’une enquête concernant un cadavre retrouvée dans un fleuve. Le cadavre est celui de Guan, une travailleuse modèle, femme politique et outil de propagande pour le parti communiste chinois. Avec son adjoint, l’inspecteur Yu, Chen va devoir résoudre l’enquête même si de nombreuses considérations politiques entrent en jeu…

Ce roman est une très belle surprise, qui nous emmène en complète immersion dans le Shangai des années 90, et nous en fait découvrir de nombreuses facettes. Comme souvent dans ce genre de livre, l’enquête n’est pas tant le cœur du livre qu’un prétexte à la découverte de différents lieux et milieux. Pour cela, l’auteur multiplie également les points de vue, alternant entre l’inspecteur Chen, jeune cadre du parti fréquentant les milieux aisé, et l’inspecteur Yu, issu d’un milieu beaucoup plus pauvre. De plus, l’enquête nous emmène vers les sommets, puisque l’enquête nous permet d’approcher les ECS, ces fils de cadres très privilégiés.

Si je comprends pourquoi l’auteur était attaché à mettre la politique en avant dans son livre, j’avoue que c’était trop présent pour moi. L’enquête est en effet résolue aux deux-tiers du livre, le dernier tiers étant consacré aux problèmes politiques posés par ce dénouement.

Les personnages sont tous attachants, spécialement les inspecteurs Yu et Chen, bien décrits et cohérents dans leurs réactions.

En plus, j’ai beaucoup aimé le style du livre, qui s’entrecoupe souvent de poésie, et nous permet la découverte de poète chinois que pour ma part, j’ignorais totalement.

L’abolition, Robert Badinter

« Robert Badinter est sans doute le mieux placé pour écrire ce livre. Il livre un passionnant point de vue, son regard sur l’époque, sur les réactions de l’opinion et des autres hommes politiques. Sur la machine judiciaire également. Le livre reprend la chronologie de l’affaire Patrick Henri. Du jour où on lui a demandé d’être l’un des deux avocats jusqu’au procès, Robert Badinter a pensé en ces termes à sa plaidoirie: « Guillotiner, ce n’est rien d’autre que prendre un homme et le couper, vivant, en deux morceaux« . »

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Le 18 septembre 1981, Robert Badinter, alors ministre de la justice, a fait abolir la peine de mort en France. Cet événement historique résulte d’un long combat de Robert Badinter, combat qui débute avec l’exécution de Roger Bontems, dont Badinter était l’avocat et qui assistera à son exécution. Après cela, Badinter va se jeter à corps perdu dans le combat contre la peine de mort, du procès de Patrick Henry au ministère de la justice en passant par 6 autre procès de condamnés à mort. C’est cela que ce livre retrace.

J’ai une très forte admiration pour Badinter dont le combat nous a permis de vivre dans un monde ou la justice ne tue plus, ne coupe plus d’homme en deux, du moins plus en France. L’abolition est le troisième livre que je lis de lui, et il retrace les événements avec beaucoup de fluidité, un très beau style. De plus, ce livre analyse biens les rouages de la peine de mort, cette pulsion de mort des citoyens, cette loi du talion qui puni celui qui a tué en le tuant.

Bref, un très beau récit sur la peine de mort et son abolition, je n’ai pas grand chose d’autre à en dire.

 

Réparer les vivants, Maylis de Kerangal

« « Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps. »
Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. »

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J’ai un problème avec ces romans qui ont tellement de prix, tellement de critiques fantasmagoriques qu’on en attend forcément plus que ce qu’ils peuvent nous donner. Ca a été un peu le cas pour réparer les vivants, qui en plus a été lu dans un mauvais timing: j’avais encore en tête le style de Rosa Montero dans L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir, et quoique le style de Maylis de Kerangal soit agréable, cela n’égale pas Rosa Montero à mes yeux.

L’histoire est celle de Simon, un jeune homme, presque un adolescent encore, de tout juste 20 ans. Simon a des parents, Sean et Marianne, lesquelles ne vivent plus ensemble. Il a aussi une petite sœur, Lou, et une petite amie, Juliette. Et puis il y a le surf, et les deux copains avec qui il pratique le surf. un jour, en revenant d’une séance de surf, les garçons ont un accident de voiture, la tête de Simon s’encastre dans le pare-brise, il est déclaré en mort cérébrale, ses organes vont être donnés.

Il s’agit de l’histoire d’une transplantation, histoire en 24h, entre l’accident et la transplantation, dans un style très plaisant.

 » Après quoi, le temps change de nature, il reprend forme. Ou plutôt il prend exactement la forme de l’attente: il se creuse et se tend. Désormais les heures n’ont d’autres usages que d’être disponibles, que l’événement de la greffe puisse y surgir, un cœur peut apparaître à tout instant, je dois être en vie, je dois me tenir prête. »

Pourtant, quelques petites choses mont empêché d’aimer ce livre autant que je m’y attendais. Déjà, il y a une inégalité entre les parties de ce livre: l’auteur arrive sans mal à nous faire ressentir de l’émotion dans la première partie, où nous accompagnons les parents de Simon lorsqu’ils apprennent la mort de leur fils, mais cette émotion s’échappe un peu dans la deuxième partie, laquelle se focalise sur la greffe.

Ensuite, il y a toute une scène ou l’infirmier coordinateur demande aux parents leur accord pour la greffe. Pourtant, il rappelle bien lui-même que toute personne est présumée donneur depuis une loi récente, de sorte que l’accord des proches n’est pas requis. Evidemment, il y a un effort pédagogiques à avoir auprès des proches, mais cette effort ne devrait jamais pouvoir empêcher la greffe.

Je crois surtout que je ne vois pas la portée symbolique des organes tel que veut nous le faire ressentir l’auteur, pour moi un cœur est seulement un organe, pas un réceptacle pour l’âme humaine.