The Handmaid’s Tale ou la dystopie qui nous fait craindre demain

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis » Simone de Beauvoir.

Oui je sais, sur ce blog je devais vous parler lecture. Sauf que si je lis beaucoup je regarde également beaucoup de série et je trouvais dommage de ne pas en parler, voila donc une nouvelle catégorie pour ce blog: la série du jour.

Pour commencer, je voudrais parler d’une série qui s’est récemment distinguée aux Emmy Awards, The Handmaid’s Tale.

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The Handmaid’s Tale (ou la Servante Ecarlate en français) est une dystopie, soit un récit qui nous présente une société totalitaire terriblement actuelle. En effet, le monde de The Handmaid’s Tale est le notre, ou presque. Dans ce monde, une crise est survenue, les enfants ne naissent plus. Émerge alors une société totalitaire, dominée par la religion et les traditions, dans laquelle faire naître un enfant  est l’objectif suprême. Les femmes sont alors diviser en trois caste, les épouses, les Martha et les Servantes. Les épouses sont les femmes stériles de haut rang dont la mission est de diriger la maison, les Martha sont des femmes stériles de basses naissances, qui s’occupent des taches ménagères. Enfin, les Servantes, plus basse catégorie sociale, sont les femmes fertiles de la société. Elles sont alors éduquées dans un centre de formation avant d’être placée dans des familles, et, le jour ou elles sont le plus fertiles, lors d’une cérémonie, elles sont donnés à l’homme de la maison dans l’espoir qu’elles tombent enceintes.

La série nous raconte l’histoire via Offred, une servante. La série nous raconte trois moments importants: avant, le quotidien normal d’Offred lorsqu’elle s’appelait encore June et vivait avec son mari et sa fille, puis la période de formation des servantes qui permet de décryptage des codes de cette société et enfin le présent ou Offred est devenu une servante dans cette société totalitaire.

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Cette série est passionnante parce qu’elle nous montre la création d’un régime totalitaire en action. En effet dans la période du passé d’Offred nous voyons notre monde, tel qu’il est actuellement, plonger petit à petit pour devenir le terrifiant monde de Gilead. Cela passe par de petits gestes petits à petits: d’abord la banalisation des insultes à l’égard des femmes qui font leur jogging (slut shaming bonjour), puis une loi qui interdit aux femmes de travailler, les militaires, de plus en plus visibles, les manifestations de plus en plus sévèrement réprimées, …

Pleins de petits riens qui bout à bout permettent la destruction de toutes nos libertés fondamentales, sans qu’on y fasse attention, sous prétexte de la crise actuelle. C’est évidemment un message très fort, et très actuel il me semble, à l’heure ou l’état d’urgence semble être devenu le cadre normal de l’État.

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Et la série ne s’arrête pas là, mais délivre un très juste message sur le féminisme, nous rappelant qu’à la moindre crise le sort des femmes sera menacée. Les régimes totalitaires ont tous entendu limiter les droits des femmes, et la série le rappelle très justement.

En effet le monde de Gilead a admis que les hommes et les femmes étaient biologiquement différents et que les femmes doivent « accomplir leur destinée biologique » soit procréer. Cela justifie un système de viol institutionnalisée, des mères porteuses, mais aussi et de manière générale une obéissance totale des femmes envers les hommes.

Si les actrices féminines dominent l’écran, les figures d’autorité restent presque exclusivement masculine, à l’exception des « tantes », ces femmes ayant autorité sur les servantes.

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Évidemment, devant une telle société la question est celle de la révolte. Comment se révolter? Comment agir ?

La série met très vite en exergue les moyens de contrôle qui pèsent en permanence sur chacun: leur obligation d’aller partout par deux qui fait de chacun l’espion de son voisin, et limite les possibilités d’agir.

La question se pose spécialement en fin de série, ou sans trop spoiler, Offred et ses compagnes d’infortunes sont confrontées à un choix, entre obéir et commettre un acte ignoble ou refuser l’autorité et ‘exposer à une punition.

Je n’ai pas non plus parlé de la réalisation qui rend parfaitement grâce au récit, notamment par une musique sublime et un cadrage soigné. De plus toute la série est constituée de code couleur extrêmement visuel pour exprimer la position sociale de chacun.

Bref, cette série est un petit bijoux, que tout un chacun devrait voir !

 

 

 

 

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Le sang des farines, Jean-François Parot

« Nicolas Le Floch, Commissaire au Châtelet sous le règne du jeune Louis XVI, se trouve plongé au coeur de terribles événements à la fois politiques et personnels.
De retour d’une mission en Autriche où il fait d’étonnantes découvertes sur les atteintes portées au Secret du Roi, il retrouve un Paris en colère où la guerre des farines fait rage.
Avec le soutien du Roi et l’aide de ses fidèles amis, il enquête sur la mort suspecte d’un boulanger qui l’amène bientôt à soupçonner un complot et des liens entre ces événements et ceux survenus à Vienne.
Les mystères s’accumulent et Nicolas devra faire vite pour résoudre cette affaire qui met en péril l’équilibre déjà précaire du pays ainsi que son propre fils.
Avec cette nouvelle enquête, couronnée par le Prix de l’Académie de Bretagne, Jean-François Parot nous entraine dans l’Europe des Lumières avec son inimitable talent pour le suspense et la reconstitution historique.« 
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L’hiver dernier, c’est sur ce livre qu’est tombé mon arrêt de lecture annuel, au milieu de l’hiver lorsque les études prennent trop de places…J’ai donc voulu recommencer la lecture du Tome 6 des aventures de Nicolas Le Floch tant que la motivation était là…J’avoue ne pas être convaincue.
Dans Le Sang Des Farines, nous retrouvons Nicolas, commissaire au Chatelet, en voyage à Vienne pour une mission diplomatique ayant pour objet de dénouer les tensions entre le nouvel ambassadeur à la cour de Vienne et un de ses subordonné. Après la réussite de sa mission, Nicolas rentre en France ou il est au prise avec plusieurs mystères qu’il lui faut élucider. D’une part, le boulanger louant les locaux de l’hôtel de Noblecourt ou vit Nicolas lui-même est mort dans d’étranges circonstances, au moment même ou le peuple gronde pour obtenir du pain…D’autre part, Louis, le fils de Nicolas, s’est évaporé de sa pension.
Comme toujours avec JF Parot le contexte historique est dressé avec un luxe de détails ahurissant. On se croirait effectivement dans le paris (ou le Vienne) de l’époque, et j’apprécie toujours autant la description qu’il fait, qui couvre tant la vie des puissants que celles des pauvres gens, et tant les grands événements que le quotidien des gens. Ainsi Parot nous abreuve-t-il encore et toujours de la description des plats goutés par nos héros, qui me donne bien souvent l’eau à la bouche. J’ai aussi apprécié l’excursion à Vienne qui nous permet de sortir de la cour française à la découverte de nouveaux lieux, et de nouveaux personnages.
En effet dans ce tome on retrouve pour partie les mêmes personnages qui reviennent tome après tome. J’ai beaucoup d’affection pour Nicolas Le Floch, devenu marquis de Ranreuil, et pour son entourage, et j’apprécie énormément les passages consacrés au quotidien de ces personnages. Les repas donnés à l’hôtel de Noblecourt, lesquels reviennent dans chaque tome et ou lorsque la politique surgit, La Borde, noble au service du roi, affronte Bourdeau, commissaire roturier aux opinions presque révolutionnaires, sont passionnants. J’aurai aimé plus de développement sur ces personnages, et notamment qu’ils évoluent tous un peu plus tome après tome: seul Nicolas connait des évolutions notables au fil des tomes.
C’est sur l’intrigue que je suis moins satisfaite. En effet, le côté policiers des romans de Parot a toujours été l’excuse parfaite pour nous décrire le Paris du XVIII éme siècle. Or je trouve que la recette s’épuise peu à peu, entre routine et intrigue alambiquée. En effet dans ce tome l’intrigue est menée tambours battants, avec moult de détails, et cherche à englober tous les aspects dont Parot veut nous entretenir, ce qui rend l’intrigue policière particulièrement complexe à suivre, et peu crédible. Je n’ai pas réussi à croire à l’enquête, et j’avoue m’être par moment ennuyée.
D’autant plus que le style de Parot n’est pas nécessairement facile. Les chapitres sont longs, et l’écriture est faites de longues phrases contenant des mots d’époques, obligeant le lecteur à se reporter régulièrement à l’indexe.
Ce n’est pas nouveau mais j’avoue m’être un peu lassée des Nicolas Le Floch. pour autant, j’aimerai lire le suivant, au moins parce que je n’aime pas laisser une série en route. mais cette lecture attendra surement un peu, que mon intérêt pour Nicolas se renouvèle.

Les filles de l’ouragan, Joyce Maynard

« Elles sont nées le même jour, dans le même hôpital, dans des familles on ne peut plus différentes. Ruth est une artiste, une romantique, avec une vie imaginative riche et passionnée. Dana est une scientifique, une réaliste, qui ne croit que ce qu’elle voit, entend ou touche. Et pourtant ces deux femmes si dissemblables se battent de la même manière pour exister dans un monde auquel elles ne se sentent pas vraiment appartenir. Situé dans le New Hampshire rural et raconté alternativement par Ruth et Dana, Les Filles de l’ouragan suit les itinéraires personnels de deux « sœurs de naissance », des années 1950 à aujourd’hui.« 
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9 mois après un ouragan, dans l’Etat du New Hampshire, naissent deux filles, Ruth Plank et Dana Dickerson. A part ce jour de naissance commun, tout les sépare, que ce soit leur familles, ou leur personnalité respective. Toutes deux ne se sentent pourtant pas appartenir à leur famille. joyce maynard dresse alors la chronique de l’existence de ces deux femmes, sur 50 ans, depuis 1950, dans l’Amérique rurale.
Je n’avais jamais lu Joyce Maynard jusqu’alors et je dois dire que c’est une première très belle rencontre ! Les filles de l’ouragan est un roman à l’américaine classique, une chronique de cinquante années de vie dans l’Amérique profondément rurale. Certes l’intrigue est pour le moins cousu de fil blanc, et rien ne m’a surprise outre mesure dans ce livre.
Mais l’intérêt du roman est ailleurs, dans l’écriture très belle de Joyce Maynard d’abord, qui écrit avec un style fluide et très pur. Surtout l’intérêt est dans l’évolution des mêmes personnages sur cinquante ans, que ce soit les filles, Dana et Ruth, ou leur entourage et notamment leurs parents respectifs.
De plus c’est un très beau roman qui parle d’agriculture, de ferme et de l’attachement à la terre. Un vrai coup de coeur !

Dites aux loup que je suis chez moi, Carol Rifka Brunt

« Nous sommes au milieu des années 1980, aux États-Unis. June est une adolescente taciturne, écrasée par une sœur aînée histrionique et des parents aussi absents qu’ennuyeux. Depuis sa banlieue triste du New Jersey, elle rêve d’art et de son oncle Finn, un peintre new-yorkais reconnu. Mais Finn est très affaibli et meurt bientôt de cette maladie qu’on n’évoque qu’à demi-mot, le sida. Inconsolable, la jeune fille se lie d’amitié avec un homme étrange, Toby, qui se présente comme l’ami de Finn. Confrontée à l’incompréhension de son entourage, et à la réalité d’une maladie encore honteuse, June va brusquement basculer dans le monde des adultes et son hypocrisie.« 
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June a 14 ans et elle vit dans une banlieue du Westchester, non loin de New-York, avec sa sœur aînée, Greta, et ses parents, comptables. June rêve qu’elle est au Moyen-Age, elle s’isole des jeunes de son âge qu’elle trouve ennuyeux. Une seule personne la comprend vraiment : son oncle Finn, artiste new-yorkais. Mais Finn décède du sida. Le monde de June s’écroule alors, elle se retrouve isolée, confrontée au deuil et à une maladie dont les adultes ont honte de parler. Se présente alors Toby, « l’ami particulier » de Finn, dont June n’avait même jamais entendu parler. Entre ces deux êtres en plein deuil va alors se nouer un lien particulier.
Cette deuxième lecture du mois de septembre se révèle très éloignée de la première. En effet j’ai adoré ce roman d’apprentissage sur un sujet difficile et dont on parle peu : le sida dans les années 80. Cette maladie est abordée ici avec beaucoup de justesse, sans jamais tomber dans le pathos ou dans les détails, notamment du fait du point de vue.
Si dans ma précédente lecture je trouvais que le point de vue de la première personne du singulier ne collait pas et était mal exploitée, ici au contraire se récit en « je » du point de vue de June est parfaitement écrit. On ressent toutes les émotions de l’adolescente, confrontée tant au deuil qu’aux secrets de familles. L’écriture est assez simple mais très belle.
Surtout, chacun des personnages est parfaitement caractérisée, et on devine la souffrance de chacun. Que ce soit Greta, la talentueuse sœur aînée de June, qui souffre de l’abandon de June au profit de Finn et lui en tient rigueur, ou encore la mère de June, complexe dans ses sentiment à l’égard de son frère et de Toby.
La situation de Toby et de Finn m’a beaucoup touché, ce couple qui vit ensemble, mais que la famille de June rejette, de sorte que jamais on ne permettra à Toby de rencontrer June et Greta, il devra disparaître de l’appartement à chaque fois que les filles viendront. L’amour qui transparait entre Finn et Toby, principalement dans les paroles de Toby, et les gestes post-mortem de Finn, m’a beaucoup touché.
C’est réellement un très beau récit, pour autant il manque ce petit truc pour faire passer ce livre pour un coup de cœur.

Le diable de la Tamise, Annelie Wendeberg

« Londres, 1889. Quand une victime du choléra est retrouvée dans la Tamise, le Dr Anton Kronberg, bactériologiste de son état, est appelé pour confirmer les causes du décès. Toutes les précautions sont prises pour éviter une épidémie. Les choses auraient pu en rester là si les résultats intrigants de l’autopsie n’avaient poussé Kronberg à s’intéresser de pus près à cette affaire. Alors que Scotland Yard souhaite classer le cas, Kronberg se rapproche de Sherlock Holmes. Et il ne faut que peu de temps au célèbre détective pour percer le secret du médecin qui, en réalité, est… une femme. Un secret qui pourrait la mener droit en prison s’il venait à être révélé. Mais tous deux vont unir leurs forces pour débusquer un criminel aussi redoutable que Jack l’Eventreur…« 
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Et voila la rentrée, et avec la rentrée mon rythme de lecture devrait se normaliser un peu, du moins je l’espère ! Pour ce premier livre de la rentrée, je vous présente, sans surprise, un livre policier historique, l’un de mes genres préférés.
Nous rencontrons le Dr Anton Kronberg, bactériologiste émérite de Londres, contacté par la police de Scotland Yard lorsqu’un cadavre possiblement atteint de choléra est découvert. L’autopsie révèle un résultat étrange, lequel ferait plutôt penser à un meurtre qu’à un banal mort du choléra…Le Dr Kronberg se lance alors dans une enquête, accompagné pour cela par un détective privé, le célèbre Sherlock Holmes. Or, attentif comme il l’est, Sherlock Holmes a bien vite fait de percer le secret du Dr Kronberg, qui en réalité se nomme Anna Kronberg….
Encore un livre mettant en scène Sherlock Holmes…Il semble que ce soit une mode ces derniers temps ! Comme j’aime énormément ce personnage, j’avoue ne pas bouder mon plaisir à le retrouver (même si à mes yeux, la série avec Benedict Cumberbatch reste le meilleur support réinterprétant Sherlock  Holmes). Il est ici bien mis en scène, et n’est pas dénaturé, on sent que l’auteur s’est sérieusement documenté avant de l’exploiter.
Autre aspect très intéressant et documenté, le contexte historique, lequel est extrêmement bien rendu et immersif, et surtout l’avancée de la médecine bactériologique à la fin du XIX ème siècle. On sent que l’auteur est médecin et qu’elle maîtrise son sujet de A à Z. En plus, cet aspect est assez rarement traité dans les romans policiers, et j’ai beaucoup apprécié tout les développement consacrés à la recherche d’un vaccin contre le tétanos ou le choléra, fléau de l’époque.
Les thématiques sous-jacentes sont également passionnantes. Y est abordé la place de la femme dans la société victorienne, ainsi que le travestissement, en effet, Anna se travestit en Anton pour pouvoir exercer la médecine, se faisant elle s’expose non seulement à l’opprobre de la société mais également à des poursuites pénales assez lourdes. Une autre thématique abordée est la question de savoir jusqu’où on peut aller pour la recherche médicale. J’aurai peut-être apprécié plus de questionnement sur ce sujet qui est abordé de manière assez manichéenne.
Maintenant les éléments qui fâchent…Si j’ai aimé le personnage de Sherlock Holmes, je n’ai pas du tout été convaincu par le duo qu’il forme avec Anna/Anton Kronberg. En effet, le Dr Kronberg se décrit lui-même comme cynique et désabusé au début du roman, ainsi que comme quelqu’un d’extrêmement observateur, doué pour déjouer tout le monde. Or au fil du récit, pourtant fait du point de vue du Dr Kronberg, il perd peu à peu ses traits de caractères, notamment face à Sherlock Holmes, de sorte que le personnage perd en densité au fur et à mesure du récit, et qu’il finit par ne plus être crédible du tout.
Cela est peut-être dû, du moins en partie, à l’écriture. En effet, le récit est fait à la première personne du singulier, sous le point de vue de Anna/Anton Kronberg. Or j’ai trouvé ce point de vue très mal maîtrisé, rendant les réflexion du personnage principal presque enfantine. Un récit plus détaché du personnage aurait sans doute été plus judicieux, en plus cela aurait permis un meilleur équilibre entre Holmes et Kronberg. Sous ce point de vue, on assiste à tous les états d’âmes de Kronberg, tandis que Holmes garde entièrement son panache, c’est très déséquilibré.
Enfin, l’intrigue policière ne m’a pas semblé essentielle au récit, qui clairement tourne beaucoup plus autour de la relation Holmes/Kronberg qu’autour de la résolution d’un crime, la solution étant apportée bien avant la fin du récit, lequel consiste surtout dans l’action des deux personnages principaux.
Bref, une semi-déception pour ma part, et même si je sais qu’il existe un tome 2 je ne suis pas certaine de vouloir le lire.

Hiroshima mon amour, Marguerite Duras

« Au cours du tournage d’une coproduction sur la paix, une comédienne française noue une relation éphémère mais passionnée avec un Japonais. Sur cette mince intrigue, Duras est chargée par Alain Resnais d’élaborer le scénario et les dialogues d’un film, Hiroshima mon amour, titre étrange et poétique malgré la référence évidente aux atrocités de la guerre. Avec un art de l’ellipse parfaitement maîtrisé, Duras orchestre une danse sensuelle entre deux personnages qui luttent contre le temps. Lui refuse d’admettre que les atrocités d’Hiroshima ont eu lieu, Elle se tait sur son passé ; pourtant, ces fantômes ressurgissent en fragments, lambeaux d’un passé qui se superposent au moment présent. Les corps des amants se confondent peu à peu et Hiroshima se fond dans Nevers, cadre de la jeunesse de l’actrice marquée par l’opprobre parce qu’elle a aimé un jeune Allemand durant la guerre. Les gros plans sur les corps amoureux sont entrecoupés de scènes de foule et de détails d’une crudité sordide, comme si l’horreur devait, elle aussi et malgré tous les films sur la paix, lutter contre le déni pour se faire entendre. »

Hiroshima mon amour

Des classiques, je n’en lis pas tellement. La dernière fois que j’avais lu Marguerite Duras, cela datait du lycée. Mais de mon époque lycéenne j’ai conservé des piles de livres jamais lu, et qui ne me correspondent plus tellement aujourd’hui, mais que j’essaye quand même de lire petit à petit. Hiroshima mon amour fait parti de ces titres, achetés au lycée et jamais lu.

Il s’agit d’un ouvrage très court, 150 pages en comptant les appendices, que j’ai lu en moins d’une heure. L’histoire est celle d’une femme, française, venu tourner un film à Hiroshima. Elle y rencontre un japonais avec qui elle a une éphémère liaison. C’est l’histoire de cette liaison qui est relaté par Hiroshima mon amour, un film dont le scénario a été écrit par Marguerite Dumas. Le livre est alors uniquement composé de dialogue entre lui et elle.

On est marqué dans cette histoire, qui se déroule en 1957, par deux drames qui parsèment la vie des deux personnages: le drame d’Hiroshima évidemment, qui a tué toute la famille du japonais, et le drame vécu par la française, lorsqu’à la fin de la guerre son amant, un allemand, a été tué et qu’elle a été tondue. Des drames de guerre. Cette liaison ne se détachera pas de ces drames.

Si l’histoire est banale, quoique sur fond de guerre, ce qui m’a marqué véritablement, c’est l’écriture de Marguerite Dumas. Absolument extraordinaire, elle parvient en peu de mot à transmettre une émotion, un ressenti.

Ce fut une lecture rapide mais qui m’a permis de renouer en douceur avec les classiques, car très accessible.

 

Le doute, S.K. Tremayne

« Un an après la mort accidentelle de Lydia, 6 ans, ses parents et sa jumelle Kristie prennent un nouveau départ en s’installant sur une petite île écossaise isolée. Mais l’étrange comportement de Kristie sème bientôt le trouble. Elle demande à se faire appeler Lydia… Qui est-elle vraiment ? »

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Rarement un livre n’aura aussi bien porté son nom que celui ci…Le doute, et quel doute en effet ! L’histoire est celle de la famille Moorcroft. Une famille composée d’Angus le père, de Sarah, la mère et de Kirstie, aujourd’hui âgée de 7 ans. Un an auparavant la famille comptait également Lydia Moorcroft, la sœur jumelle de Kirstie, décédée tragiquement.

Suite à ce décès, la famille s’enfonce peu à peu et s’éloigne les uns des autres. Ils décident alors de partir sur une petite île écossaise isolée de tout, héritage d’Angus. Tout irait alors pour le mieux si Kirstie ne se mettait pas soudain à prétendre qu’elle est en réalité Lydia. Laquelle des jumelles est réellement morte?

Le roman est découpé entre des chapitres du point de vue de Sarah et ceux écrits du point de vue d’Angus. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’on doute de tout dans ce roman ! En moins de 400 pages, on cherche à comprendre ce qui est arrivée et ce qui arrive encore à cette famille, ou tout le monde semble pour le moins louche.

L’histoire prend pour cadre l’écosse pendant une très grande partie, et c’est un plaisir de découvrir les Hébrides que je ne connaissais pas et qui sont formidablement décrites par l’auteur. Les personnages sont attachants et crédibles, et le doute subsiste bien jusqu’à la fin !

Je ne vais pas en dire plus sur ce thriller qu’il faut découvrir sans trop en savoir, mais je vous conseille de vous y plonger si ce n’est pas déjà fait !

 

 

Les grands procès (1944-2012), Pascale Robert-Diard

« Plus de 100 chroniques judiciaires parues dans Le Monde de 1944 à nos jours. Les grandes affaires qui ont marqué notre Histoire réunies dans une édition de référence, richement illustrée de 80 photographies d’époque. Laval et son arrogance, Gaston Dominici et ses pauvres mots, Petiot et son regard, Salan et son silence, l’écolier d’Oradour-sur-Glane et ses souvenirs, Coco Chanel et son maître d’hôtel, Polnareff et ses fesses… Des comptes rendus des grands procès aux petites histoires nichées dans les recoins des pages, ces récits d’audience sont un miroir de la France, de ses moeurs et de ses tragédies depuis plus de soixante-huit ans. »

Les grands procès

 

Je reviens avec un livre un peu particulier aujourd’hui…Un livre que j’ai lu puis abandonné à de nombreuses reprises avant de réussir à le finir, enfin ! Il s’agit d’un document de 900 pages édités par Le monde. De quoi s’agit-il? D’un recueil d’une centaine de chroniques judiciaires publiés par le journal Le monde entre 1944 et 2012. Pour l’étudiante en droit que je suis, le livre est particulièrement intéressant car il forme la culture judiciaire.

L’ouvrage nous présente donc une centaine de chroniques, écrits par divers journalistes sur une période de 68 ans, et retraçant toute notre société. tout y est abordé: les procès de la Libération (Pétain, Laval, et plus tard Touvier ou Barbie), ceux de la guerre d’Algérie (Salan notamment), les procès de l’abolition de la peine de mort (Buffet et Bontems, Ranucci, Patrick Henry) et plus largement des dizaines de petits procès qui retracent l’air du temps.

Pour faire sa culture juridique, ce document est parfait: très accessible (aucune notion de droit n’est véritablement abordée), la justice et ses différentes affaires nous sont servis sur un plateau. J’ai apprécié particulièrement les affaires pénales devant la cour d’assise, les affaires de la Libération, je suis totalement passé à côté des procès de la guerre d’Algérie ou des procès purement politique.

Je regrette un peu que certaines chroniques n’explicitent pas mieux les faits qui ont conduits au procès, qu’on est parfois obligé de déduire, ce qui nuit fortement à la compréhension.

 

Le livre des Baltimore, Joël Dicker

« Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair. Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne. Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman. Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ? »

 

 

 

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Le livre des Baltimore est sorti il y a deux ans déjà…et tout le monde en a parlé il y a deux ans. Moi il m’aura fallu un passage dans un Relay de gare et une journée complète de train pour me plonger enfin dans ce roman et le terminer aussi sec !

Que dire? Ce roman est un immense coup de cœur, il fait parti de ces livres qui ne s’achèvent pas lorsqu’on tourne la dernière page mais qui nous accompagnent encore un peu après.

De Joël Dicker j’avais déjà lu, les deux précédents livres, la Vérité sur l’affaire Harry Québert (que je me suis promis de relire tant je m’en souviens peu) et les Derniers jours de nos pères. Si j’ai aimé ces deux livres, celui ci m’a semblé encore meilleur.

L’histoire est celle de Marcus Goldman, déjà narrateur dans La vérité sur l’affaire Harry Québert. La famille de Marcus était divisée en deux branches, la branche Montclair, dont fait parti Marcus, et la branche Baltimore. Les Baltimore sont montrés comme un modèle absolu, riche et lumineux, Marcus les idéalise totalement.

Si les Montclair ont un fils, les Baltimore en ont un également, Hillel. De plus, les Baltimore ont également presque adoptés Woody, un jeune orphelin ami d’Hillel. A eux trois, Marcus, Hillel et Woody, ils forment le Gang des Baltimore, uni par une amitié indestructible. C’est cette amitié qui sera le cœur du livre.

Mais évidemment tout n’est pas si simple. La famille des Goldman est rongé de jalousie à plusieurs niveaux, et tout semble entourés de secret. On comprend vite qu’un événement est survenu et est venu tout bouleverser pour Marcus.

Tous les personnages sont travaillés et totalement crédibles et émouvants, chacun avec ses forces et ses faiblesses. Ils sont tous absolument lumineux, on s’attache à eux et l’auteur s’attache à nous les rendre vivants.

L’histoire est creusé avec des secrets, du suspens, de quoi maintenir le lecteur en haleine sur 600 pages sans souci. Le style de l’auteur est simple, mais on sent tout le talent de conteur qu’il a.

Bref, un coup de cœur absolu, auquel je n’ai rien à redire. Ce fut une très bonne journée de lecture…Difficile de me replonger dans mon prochain livre après ça !

 

 

 

Les piliers de la Terre, Ken Follet

« Dans l’Angleterre du XIIème siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes. »

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Ca faisait un moment que les piliers de la Terre trainait dans ma PAL…mais j’avoue que ce pavé d’un peu plus de mille pages m’effrayait un peu, avec mon emploi du temps compliqué je me disais que je n’aurai jamais le temps de le terminer. Alors j’ai profité des vacances, et il m’a fallu seulement quatre jours pour l’achever ! En effet, malgré le nombre de page, la lecture de ce livre est vraiment simple.

L’histoire est d’abord celle de Tom, un bâtisseur dont le rêve le plus fou est de bâtir une cathédrale, et qui voyage de ville en ville avec sa femme et ses deux enfants. C’est aussi l’histoire de Philip, prieur d’une petite communauté rattaché à Kingsbridge, homme dévoué à Dieu et à la grandeur de ses Eglises. On parle aussi D’Aliena et de son frère Richard, les enfants du comte de Shiring, abandonné à leur sort suite à des manœuvres politiques, On y croise enfin William Hamleigh et Walerand Bigod, respectivement le fils du comte Bartholomew et l’archidiacre du comté. Le tout sur un fond d’Angleterre du XIIème siècle, avec les manipulations et les guerres qui vont avec.

Les piliers de la Terre constituent réellement une fresque historique dans laquelle on suit les même personnages sur 20 ans de leur existence, tandis qu’ils se réunissent peu à peu à Kingsbridge. Historiquement parlant, on sent que l’auteur est documenté, tout m’a paru crédible mais je ne suis pas une connaisseuse de cette période. Le style est simple, et permet une lecture rapide malgré le nombre de pages impressionnant.

Là ou j’ai été un peu plus déçu, c’est sur les personnages. Chacun d’eux est caractérisé par deux ou trois traits de caractère et n’est que très peu approfondi. Ces personnages sont tous extrêmement manichéen avec d’un côté les gentils (Aliena, Philip, Tom) et de l’autre les méchants (Waleran, et William). Les personnages de méchants sont insuffisamment travaillés clairement. Même les personnages de gentils restent assez peu définis.

Bref, une belle rencontre avec Ken Follet et un bon livre pour l’été, maintenant j’en attendais un peu plus je crois, donc une petite pointe de déception quand même.