Gadji, Lucie Land

« A douze ans, Kat’ a vécu mille vies. Petite Rrom de Roumanie, elle a dansé au son de l’accordéon de son trublion de père, chanté pour égayer sa « madone muette » de grand-mère, entraîné ses démons de frères à gagner les concours d’insultes à la décharge publique, et appris presque seule à déchiffrer les « vingt-six mystères en pattes de mouche régulières ». Le monde l’attire éperdument, elle voudrait tout voir, tout connaître. L’occasion se présente lorsqu’on l’envoie vivre chez « la Cousine », à Paris. Mais…devenir une gadji ? Jamais ! »

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Katarina est une rrom de 12 ans, elle vit avec ses parents et ses quatre frères dans une sorte de bidonville Roumain, entourée d’autres familles avec qui elle est plus ou moins liée. Seulement, Katarina veut apprendre les lettres, apprendre à lire. Ses parents n’en voient pas l’intérêts et l’école semble la rejeter, jusqu’au jour ou une vieille femme s’installe de l’autre côté du fleuve. Par la suite, un terrible drame se produit, et Katarina part, seule, rejoindre la Cousine à Paris, aller à l’école là-bas.

Ce court roman jeunesse est un roman d’apprentissage extrêmement classique, et que je n’ai pas particulièrement aimé. L’écriture est plutôt fluide et chaque personnage est un minimum incarné, mais cela ne suffit pas.

La structure du récit ressemble à la structure de 20 autres romans jeunesses d’apprentissages: une enfant venant d’un milieu X veut apprendre à lire alors que ses parents s’y opposent, heureusement elle trouve un moyen de le faire en secret, et après coup ses parents approuvent, puis survient un drame.

Le milieu rom, qui est pourtant le cadre de ce roman, est très peu décrit, de sorte qu’il est difficile de vraiment appréhender cette culture.

Une déception pour moi, mais c’est un roman d’apprentissage simple, qui pourra convenir à des enfants de 10-12 ans, même si ce roman ne renouvèle clairement pas le genre.

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Le magicien, Jean-Marc Souvira

« Arnaud Lécuyer est un magicien un peu particulier, personne ne se méfie de lui… Récemment libéré de prison, il reprend le cours de sa vie : observer, attirer, tuer. Pour ses victimes, il reste Le Magicien. Son public préféré: les enfants. Un homme se méfie de lui, le commissaire Mistral. Formé à dresser le profil psychologique des tueurs en série et à les traquer, il a senti derrière ces récentes disparitions et meurtres de jeunes garçons la signature d’un même homme. Invisible, secret, insaisissable. Un magicien… »

 

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Il y a des livres, où sans même les ouvrir, on sait qu’on ne va pas les aimer, qu’on va passer à côté. Mais le livre moisit dans la PAL depuis des siècles, alors on le sort, on l’ouvre, pour au moins se dire qu’on a essayé. Et parfois, contre toute-attente, le livre peut être une bonne surprise.

Arnaud Lécuyer sort de prison après avoir purgé une peine de 12 ans pour le viol d’une grand-mère. Aussitôt, il n’a qu’une seule obsession continuer ses activités d’avant son arrestation, le viol et le meurtre de petits garçons, tous bruns, tous âgés d’une dizaines d’années. A la brigade criminelle, le commissaire Ludovic Mistral prend ses fonctions de chef de la brigade, et se voit très vite confier l’enquête sur le Magicien, ce prédateur qui attire ses victimes en leur faisant des tours de magie, puis les tuent.

Ce roman policier aborde donc une enquête sous deux angles: d’abord, sous l’angle de l’assassin lui-même, et ensuite, sous l’angle du commissaire chargé de son arrestation. Ce procédé n’est pas nouveau, mais il est assez intéressant ici, dans la mesure ou l’enquête sur un tueur en série ne propose pas de « suspects » contrairement à une enquête classique.

Mais si j’ai trouvé le procédé intéressant en soi, le problème se pose concernant la partie sur l’assassin. En effet, Jean-Marc Souvira a choisi un crime abominable: un assassin qui viole et tue des petits garçons. La partie sur l’assassin aurait donc dû tenter d’expliquer pourquoi l’assassin se comporte de la sorte. Or si des justifications sont abordés, le personnage lui-même est présenté de manière très distante, de sorte qu’on ne se met jamais à sa place, on ne le comprend jamais vraiment. A mon avis, l’auteur a eu peur de choquer en allant trop loin avec son personnage, mais cela vide d’intérêt la partie consacrée au tueur, puisque on ne comprend jamais celui ci.

C’est le grand reproche de ce livre: aucun des personnages n’est très bien incarné, même si le personnage du Magicien est le plus mal incarné. De sorte que tant que l’intrigue ne se lance pas vraiment, on s’ennuie.

Mais quand l’enquête commence, elle est très bien menée. On sent que Jean-Marc Souvira est policier de métier, et la description du quotidien au 36 quai des orfèvres, ainsi que la conduite de l’enquête rend de manière extrêmement réaliste et prenante.

Ce roman a de vraie qualité concernant l’enquête, mais le rythme met longtemps à démarrer, et les personnages sonnent assez creux. De plus, j’ai vraiment apprécié de retrouver des policiers parisiens, les romans policiers qui se passent à Paris ont une ambiance qui leur est propre je trouve, sans doute parce que je vie à Paris et me reconnais plus dans ces livres.

 

Bilan Novembre 2016

 

Et voila, le mois de novembre est passé, avec 8 nouvelles lectures au compteur, comme en octobre! Aucun coup de cœur, mais plusieurs jolies découvertes 🙂

  • Policier historique: Ce mois ci, deux romans policiers au compteur, qui sont également des romans historiques, se déroulant à la même période ou presque! D’abord, le Nicolas le Floch du mois, le crime de l’hôtel Saint-Florentin, un excellent cru. Ensuite une première rencontre réussie mais peut-être moins que je ne m’y attendait avec Anne Perry, A l’ombre de la Guillotine.

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  • Classique: Ce mois ci, j’ai lu avec grand plaisir La bête humaine, un très grand classique, à la hauteur de sa réputation.

 

 

 

  • Contemporain: Quatre contemporains ce mois ci, que j’ai honte d’aligner côte à côte tant leur qualité diffère. D’abord, la maison du Cap, un page-turner sympathique mais avec assez peu de qualité littéraires. Puis, Songe à la douceur, un très beau roman dont j’ai aimé la poésie même s’il ne m’aura pas marqué au final.  Ensuite, Ma vie pour la tienne, un très beau livre sur un sujet difficile, mais avec certaines facilités que je regrette.  Enfin, Jours sans Faim, une lecture magnifique bien que moins touchante que le précédent roman de l’auteur que j’ai lu.

 

 

 

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  • Jeunesse: Ce mois ci j’ai lu L’écho des armes, un recueil de nouvelles qui trainait chez moi, et auquel je n’ai pas du tout accroché, aucune nouvelles n’a de réelle profondeur, notamment parce qu’elles sont toutes beaucoup trop courtes. bref une lecture tout à fait dispensable!!

 

 

Jours sans faim, Delphine de Vigan

Laure a 19 ans, elle est anorexique… Jours après jours, elle raconte, analyse, décrit… Trois mois d’examen de soi, d’une vie comme dans un aquarium, un livre sincère, sans rancune, sans apitoiement, juste la précision des mots et la vivacité de l’analyse. On découvre un paysage mental, captivé par ce premier roman.

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En septembre j’avais lu et adoré Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine De Vigan. J’ai réitéré avec son premier roman, Jours sans Faim.

Laure a 19 ans, et elle est anorexique. 35 kilos pour 1m75. Elle est hospitalisée, on lui branche une sonde pour la nourrir, on cherche à la soigner. Petit à petit se déroule le quotidien de Laure à l’hôpital, le médecin, les repas, les autres patients… Et peu à peu Laure reprend gout à la vie.

Ce qui frappe dans ce roman, comme dans Rien ne s’oppose à la nuit, c’est l’écriture de Delphine de Vigan. Elle a une écriture absolument magnifique, chacun de ses mots semble juste ciselé.

Ici encore, le roman est biographique, il raconte l’anorexie qui a frappé l’auteur quand elle avait 19 ans. C’est beaucoup moins explicite cependant, dans le sens ou le narrateur parle de Laure à la troisième personne, ou le lecteur est tenu à une certaine distance des événements.

Même si ce qu’elle raconte est extrêmement intime, et terrible, je me suis sentie moins touchée par ce récit. Peut-être que c’est aussi parce que Rien ne s’oppose à la nuit a été écrit à vif, juste après la mort de sa mère, tandis que Jours sans Faims a été écrit (ou du moins publiés) des années après cette période de sa vie.

C’est clairement un témoignage touchant, un beau roman avec une écriture extrêmement fine, mais je trouve Rien ne s’oppose à la nuit plus abouti.